Mohamed Bakkali, logisticien des attentats du 13-Novembre condamné à trente ans de réclusion en France, pourrait être libéré de manière anticipée en Belgique le 29 septembre 2026. Cette perspective, rendue possible par une clause de retour et le droit pénitentiaire belge, suscite une vive incompréhension et un profond sentiment de trahison parmi les victimes.
Une possible libération anticipée en Belgique qui interroge les parties civiles
Incarcéré à la prison d’Ittre, Mohamed Bakkali pourrait bientôt quitter sa cellule sous bracelet électronique. Détenu clé des attaques perpétrées à Paris en novembre 2015, le Belgo-Marocain a vu son dossier examiné par le tribunal de l’application des peines de Bruxelles. Cette situation découle directement d’une clause de retour obtenue lors de son transfert vers la France après son procès.
En effet, la période de sûreté de vingt ans prononcée par la justice française ne s’applique pas outre-quiévrain, ce dispositif n’existant pas dans la législation belge au moment des faits. Par conséquent, l’intéressé peut prétendre à une libération conditionnelle dès lors qu’il a purgé un tiers de sa peine. La défense met en avant son parcours de réinsertion et son comportement en détention, appuyé par des congés pénitentiaires déjà accordés.
La confrontation entre le droit français et la spécificité du droit pénitentiaire belge
Le décalage entre la condamnation prononcée à Paris et l’application concrète de la peine en Belgique cristallise la colère des associations. Condamné en 2022 à trente ans de réclusion criminelle aux côtés de Salah Abdeslam, après avoir également été condamné pour l’attentat déjoué du Thalys, le logisticien devait théoriquement purger une longue période derrière les barreaux. Les autorités belges et le Parquet national antiterroriste français ont ainsi organisé une réunion d’information à Paris, au consulat de Belgique, pour s’expliquer auprès des familles. Au cours de cette séance, des fiches victimes ont été remises aux parties civiles pour leur permettre de faire valoir leurs droits lors de l’audience.

Face à cette perspective de sortie, les réactions des survivants traduisent un désarroi profond.
Il y a un grand sentiment de trahison dans tout ça. Finalement, on a fait un procès pendant 10 mois et on se rend compte a posteriori que ce n’était probablement pas le droit français qui s’appliquait, mais le droit belge.
Arthur Dénouveaux, rescapé du Bataclan et ancien président de l’association Life for Paris, via franceinfo
D’autres participants expriment la même désillusion, estimant que la lourdeur de la sentence initiale perd toute portée concrète face aux règles d’aménagement de peine en vigueur en Belgique, rapporte la presse régionale à propos de l’audience.
L’opposition du parquet et l’attente de la décision du tribunal le 29 septembre
Malgré les démarches entreprises par le détenu pour obtenir sa libération sous surveillance électronique, le parquet de Bruxelles maintient son opposition ferme à toute mesure de mise en liberté ou de libération conditionnelle, selon les informations recueillies sur le dossier par les services de franceinfo. Le tribunal de l’application des peines doit trancher le 29 septembre 2026.

Les associations de victimes rappellent le rôle central joué par le condamné dans la logistique des attaques terroristes de 2015, consistant à fournir des planques et des véhicules aux commandos. Pour les familles, l’éventualité de le voir recouvrer une forme de liberté après seulement une décennie d’incarcération demeure inacceptable.

Il a été quand même responsable de la mort de 130 personnes sur les trottoirs de Paris, de presque 450, presque 500 blessés. Et, au bout de 10 ans, il risque de pouvoir sortir le week-end, voire même de sortir tout court ?
Dominique Kielemoes, présidente de l’association 13/11/15 Fraternité et Vérité, via franceinfo
La décision finale du tribunal de l’application des peines de Bruxelles, attendue à la fin du mois de septembre, fixera définitivement le sort judiciaire de Mohamed Bakkali et déterminera si les dispositions de la clause de retour aboutissent à sa remise en liberté conditionnelle.