La politique sécuritaire de la majorité sortante a fait reculer la violence des gangs en Suède entre 2022 et 2026.
Une hausse des homicides par arme à feu amorcée dès 2005
Au tournant du siècle, la Suède figurait parmi les pays européens les plus sûrs, affichant des homicides rares et un usage criminel des armes à feu très limité. Sa trajectoire s’est ensuite dissociée de celle de ses voisins nordiques. À partir de 2013, le taux global d’homicides s’est à son tour mis à progresser, tandis que le Danemark, la Norvège et la Finlande continuaient de stabiliser ou de faire décroître leurs chiffres.
Cette évolution ne reflète pas une augmentation générale de la violence au sein de la société suédoise. Les homicides familiaux ou commis à l’arme blanche n’ont pas suivi la même trajectoire. La hausse provient essentiellement d’une criminalité liée aux trafics, concentrée dans des territoires précis et impliquant principalement de jeunes hommes. Entre 30 % et 50 % des homicides par arme à feu étaient imputables au milieu criminel au début des années 2000. Deux décennies plus tard, cette proportion a atteint environ huit sur dix, l’écart avec le reste de l’Europe se creusant particulièrement chez les hommes de 20 à 29 ans.
La concentration de la criminalité dans les zones vulnérables
L’examen comparatif mené par le Brå, le Conseil national suédois pour la prévention de la criminalité, indique que le pays affichait près de quatre homicides par arme à feu par million d’habitants, quand la moyenne dans les nations européennes examinées se limitait à 1,6. Aucun État comparable n’avait enregistré une progression aussi forte et durable. La spécificité suédoise réside dans la place des règlements de comptes et leur concentration géographique.
La violence des gangs s’est implantée dans les périphéries de Stockholm, Göteborg et Malmö, avant de s’étendre à d’autres villes caractérisées par les utsatta områden, ou zones vulnérables. Ces quartiers associent précarité et emprise des réseaux criminels, se traduisant par un trafic de drogue, le recrutement de mineurs, l’intimidation de témoins, une culture du silence et des structures sociales parallèles héritées de cultures et pays d’origine. La police décrit ainsi l’existence de « structures sociales parallèles » pour caractériser la sociologie de ces zones.
Le profil démographique des zones touchées et des réseaux criminels
Lors des émeutes survenues en 2013 à Husby — un quartier populaire érigé dans les années 1970 au nord-ouest de Stockholm dans le cadre du vaste « programme du million » —, environ 85 % des résidents possédaient déjà des origines étrangères. Une enquête de SVT (Sveriges Television), le groupe audiovisuel public suédois, a révélé qu’un tiers des commerçants interrogés subissaient des menaces ou des violences, et que plus d’un tiers des victimes n’avaient pas signalé les faits à la police.
Les données du Brå montrent que 57 % des fusillades et explosions se produisent dans seulement 7 % des zones étudiées. Dans les secteurs affichant la vulnérabilité sociale la plus marquée, la fréquence des fusillades est multipliée par neuf. Pour la période 2022-2024, la police estime qu’environ 60 % des fusillades étaient reliées aux zones vulnérables, où émerge une nouvelle génération criminelle composée de jeunes hommes nés ou grandis en Suède, issus de l’immigration. En se basant sur les homicides attribués aux règlements de comptes criminels, le Brå relève que 64 % des auteurs identifiés et 80 % des victimes affichent une origine étrangère.