Selon Jensen Huang, le patron de Nvidia, les maçons et les électriciens pourraient devenir les grands gagnants de l’ère de l’intelligence artificielle. Intervenant au Forum économique mondial de Davos 2026, il qualifie les data centers de plus grande infrastructure de l’histoire, nécessitant des investissements massifs et une main-d’œuvre manuelle qualifiée.
Alors que de nombreux employés de bureau craignent de voir leurs tâches automatisées, le secteur de la construction et des métiers techniques connaît une transformation majeure. D’après les déclarations du patron de Nvidia, les besoins physiques colossaux nécessaires pour alimenter l’intelligence artificielle redessinent complètement la valeur des métiers manuels.
Les « AI factories » et les investissements massifs dans les infrastructures
Pour faire tourner les modèles d’intelligence artificielle générative, l’industrie a besoin de ce que Jensen Huang appelle des « AI factories ». Ces data centers géants, où s’alignent les puces graphiques de Nvidia, représentent selon lui la plus grande infrastructure jamais construite dans l’histoire de l’humanité
. Un tel chantier fait appel à des tonnes de béton, d’acier et de câbles électriques.
La plus grande infrastructure jamais construite dans l’histoire de l’humanité.
Jensen Huang, le patron de Nvidia
Les chiffres illustrent l’ampleur de ces besoins physiques. Selon des données relayées par eWeek, un seul site de data centers peut mobiliser jusqu’à 1 500 travailleurs du bâtiment pendant sa construction. De plus, chaque emploi permanent créé sur place génère environ 3,5 postes supplémentaires dans l’économie locale. Lors d’une discussion avec Larry Fink, PDG de BlackRock, Jensen Huang a insisté sur la nécessité de recruter des électriciens, des plombiers et des ouvriers spécialisés en acier en masse.
Une hausse spectaculaire des salaires pour les ouvriers qualifiés
Cette demande record modifie profondément la hiérarchie des rémunérations, en particulier dans les régions qui abritent des usines de semi-conducteurs et des centres de données. Dans ces zones, les salaires des plombiers, des électriciens industriels et des ouvriers qualifiés ont presque doublé pour dépasser fréquemment les 100 000 dollars par an, soit environ 95 000 euros. Pour des parcours professionnels qui ne nécessitent pas de diplômes universitaires de niveau bac+5, la dynamique financière s’avère inédite.
Les prévisions institutionnelles confirment cette tension sur le marché du travail. Le Bureau of Labor Statistics (BLS) anticipe une progression de 11 % des emplois d’électriciens entre 2023 et 2033, incluant 140 000 postes directement liés à l’intelligence artificielle d’ici 2030. De son côté, le cabinet McKinsey & Company évalue qu’aux États-Unis, il faudra recruter d’ici 2030 environ 130 000 électriciens, 240 000 ouvriers du bâtiment et 150 000 conducteurs de travaux. Le pays accuse déjà un déficit de 600 000 ouvriers d’usine et de 500 000 professionnels de la construction.
La réponse des entreprises et la menace sur les cols blancs
Face à ces pénuries, plusieurs acteurs industriels et technologiques prennent des mesures concrètes. Le patron de Ford, Jim Farley, a critiqué un système éducatif qu’il juge trop orienté vers les bureaux et insuffisant face aux besoins de ces métiers en tension. Pour combler l’écart, Google finance la formation de 100 000 électriciens et de 30 000 apprentis spécialisés dans les data centers. En France et en Europe, où les filières professionnelles comme les CAP et les BTS du bâtiment peinent à recruter, l’essor des centres de données accentue cette même pression sur les embauches.
Cette situation contraste nettement avec la situation des employés de bureau. Dario Amodei, patron d’Anthropic, évoque à ce sujet un white collar bloodbath
, estimant que près de 50 % des postes juniors de bureau pourraient disparaître sous l’influence de l’intelligence artificielle, selon des propos rapportés par Tom’s Hardware. Jensen Huang nuance toutefois ce scénario en comparant l’IA à un copilote qui automatise les tâches répétitives tout en rehaussant la valeur globale du métier.