Publié le 17 janvier 2024 16h10. L’administration Trump met la pression sur les sociétés de cartes de crédit pour qu’elles plafonnent leurs taux d’intérêt à 10 %, une initiative qui suscite l’incertitude et la résistance de la part du secteur bancaire.
- Le président Trump a demandé aux sociétés de cartes de crédit de se conformer à un plafond de 10 % sur les taux d’intérêt d’ici le 20 janvier.
- La Maison Blanche n’a pas précisé les conséquences pour les entreprises qui ne respecteraient pas cette demande, se contentant d’affirmer qu’il s’agit d’une « attente » et d’une « exigence ».
- Des études suggèrent que cette mesure pourrait faire économiser environ 100 milliards de dollars (100 milliards de dollars américains) par an aux consommateurs américains, tout en restant rentable pour le secteur.
La semaine dernière, Donald Trump a lancé un défi direct à l’industrie des cartes de crédit, leur enjoignant de réduire leurs taux d’intérêt à un maximum de 10 %. Cette annonce a plongé les acteurs du secteur, les groupes de consommateurs et les législateurs dans une zone d’ombre, faute de détails précis sur la manière dont la Maison Blanche compte faire appliquer cette mesure.
Karoline Leavitt, la porte-parole de la Maison Blanche, a déclaré que le président « s’attend » à ce que les sociétés de cartes de crédit se conforment à sa demande. Elle a toutefois reconnu l’absence de sanctions clairement définies en cas de non-respect.
« Je n’ai pas de conséquence spécifique à vous exposer, mais il s’agit certainement d’une attente et franchement d’une exigence que le président a formulée. »
Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison Blanche
Une étude menée par des chercheurs de l’université Vanderbilt, reprise par l’administration Trump sur les réseaux sociaux, estime que le plafonnement des taux à 10 % permettrait aux Américains d’économiser environ 100 milliards de dollars (100 milliards de dollars américains) par an sur les intérêts. L’étude nuance toutefois l’impact sur le secteur, estimant qu’il resterait viable, même si cela impliquait une réduction des récompenses et des avantages offerts aux détenteurs de cartes.
Les lobbyistes des banques, qui ont passé la semaine dernière à tenter de décrypter les intentions de la Maison Blanche, se disent dans l’incertitude. Des projets de loi visant à plafonner les taux d’intérêt ont été déposés au Congrès par des élus des deux partis, mais les dirigeants républicains de la Chambre et du Sénat n’ont montré jusqu’à présent aucun enthousiasme à l’égard de ces propositions.
La loi Dodd-Frank, adoptée en 2008 après la crise financière, interdit explicitement aux régulateurs bancaires fédéraux de fixer des limites d’usure sur les prêts. En l’absence de législation ou de décret, l’administration Trump pourrait donc se contenter d’exercer une pression politique sur les sociétés de cartes de crédit, à l’instar de ce qu’elle a fait avec l’industrie pharmaceutique pour faire baisser les prix des médicaments ou avec les fabricants de puces pour relocaliser la production aux États-Unis.
Wall Street semble peu disposée à s’engager dans un conflit ouvert avec la Maison Blanche, d’autant plus que les banques ont bénéficié des mesures de déréglementation mises en œuvre par l’administration Trump, notamment le « One Big Beautiful Bill » adopté en juillet, qui a entraîné une nouvelle série de réductions d’impôts.
Les représentants du secteur bancaire affichent un discours ambigu : ils se montrent fermes dans leur opposition au plafonnement des taux, tout en se disant ouverts à la discussion avec la Maison Blanche. Jeffrey Barnum, directeur financier de JPMorgan, a ainsi déclaré que l’industrie était prête à « se battre avec toutes les ressources à sa disposition » pour empêcher l’administration Trump de mettre en œuvre cette mesure. JPMorgan est l’une des principales sociétés de cartes de crédit du pays, avec 239,4 milliards de dollars (239,4 milliards de dollars américains) de soldes détenus par ses clients et des partenariats avec des entreprises comme United Airlines et Amazon.
Mark Mason, directeur financier de Citigroup, a également exprimé son opposition à un plafonnement des taux, estimant qu’il restreindrait le crédit aux consommateurs et nuirait à l’économie. Il a toutefois souligné que Citigroup était « impatient de collaborer avec l’administration sur les moyens de résoudre le problème de l’abordabilité ».
L’administration Trump a également ciblé les frais d’interchange, les commissions prélevées par les banques sur les transactions par carte, en approuvant un projet de loi au Congrès qui pourrait réduire les revenus des banques dans ce domaine.
Face à cette pression, certaines entreprises prennent les devants. La société Fintech Bilt a annoncé cette semaine le lancement d’une nouvelle gamme de cartes de crédit avec un taux d’intérêt plafonné à 10 % sur les nouveaux achats pendant un an. Cette initiative pourrait servir d’exemple de la manière dont le secteur des cartes de crédit peut répondre aux exigences de la Maison Blanche sans remettre en cause son modèle économique.
« Si (un plafonnement des taux des cartes de crédit) doit se produire, nous préférons être à l’avant-garde. »
Ankur Jain, PDG de Bilt
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