Home NouvellesA Marseille et alentours, un bestiaire à ciel ouvert – Libération

A Marseille et alentours, un bestiaire à ciel ouvert – Libération

by Nicolas Lefèvre

La transition écologique s’invite au cœur de la vie quotidienne des Marseillais, entre défis urbains et retour de la faune sauvage. Des sangliers gourmands aux chèvres intrépides, en passant par les raies pastenagues, la nature reprend ses droits, parfois de manière inattendue, dans la cité phocéenne.

Sur les hauteurs de Sainte-Marthe, des caméras installées par la Ligue de protection des oiseaux (LPO) ont capturé des images surprenantes : hérissons, renards, fouines, biches… La friche des Quatre Portails, désormais reconnue comme une « friche urbaine naturelle » par la ville, est devenue un véritable refuge pour la biodiversité. « À Marseille, l’une des villes les plus minérales et bétonnées de France, nous avons la chance d’avoir ces 300 friches, qui représentent plus de 200 hectares et constituent, dans leur grande majorité, des réserves de biodiversité inestimables », souligne Christine Juste, adjointe au maire en charge de l’environnement.

Les naturalistes ont même pu entendre la chouette chevêche d’Athéna, dont la présence a récemment conduit à des poursuites judiciaires contre un promoteur immobilier qui avait délogé l’espèce d’un terrain à Château-Gombert (13e arrondissement). Des nichoirs seront installés pour favoriser son retour. L’attention se porte également sur les chauves-souris et les martinets, dont les lieux de nidification sont recensés pour être protégés lors des travaux de rénovation.

Mais la cohabitation n’est pas toujours facile. Marie-Laure Wavelet, floricultrice à la ferme urbaine Fleurs de Marseille, a dû investir dans une clôture électrique après les dégâts causés par des sangliers dans son champ de scabieuses. « On peut le dire, les sangliers adorent les scabiosas ! » s’amuse-t-elle, tout en se souvenant des dégâts sur ses plants d’irrigation et de sorgho après la première vague de chaleur de l’été.

Les fourmis, quant à elles, ont un faible pour les graines d’amarantes, mais Marie-Laure Wavelet a trouvé une solution : leur offrir des têtes de tournesol. « Quand elles sont trop nombreuses, je leur en file, cela me laisse le temps de récolter les fleurs », explique-t-elle, parlant d’une « cohabitation heureuse ». La découverte d’un bébé hérisson sur son terrain a été une source de fierté.

Plus à l’Est, vers la Côte bleue, ce sont les chèvres sauvages qui posent problème. Les habitants d’Ensuès-la-Redonne et de Châteauneuf-les-Martigues ont signalé leur présence sur les routes et dans les jardins tout au long de l’été. « Il y a une quinzaine d’années, elles étaient dans les collines, cet été, à cause de la chaleur, de la sécheresse et des incendies, elles sont descendues nombreuses chercher de la nourriture », explique Michel Illac, le maire d’Ensuès-la-Redonne.

La population de chèvres sauvages, issue d’un couple abandonné, se serait multipliée pour atteindre près de 1 000 individus, selon certaines estimations. Des opérations de capture et de stérilisation ont été menées, et une opération de débroussaillage naturel avec un petit troupeau a été envisagée.

Le réchauffement climatique a également des conséquences sur la faune marine. Plusieurs raies pastenagues violettes, dont le dard est venimeux, ont été observées près des côtes, pour la première fois. « C’est la conséquence du réchauffement climatique », déplore Michel Illac, également président du Parc marin de la Côte bleue.

Et l’incroyable n’est jamais loin : un sanglier a même été aperçu en train de nager dans la rade de Marseille cet été.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.