La fin d’une collaboration indéfectible
Le limogeage d’Ousmane Sonko le vendredi 22 mai a mis fin à une collaboration qui semblait, jusqu’alors, indéfectible. Pendant plusieurs mois, le Premier ministre avait décrit leur relation comme une coexistence harmonieuse
, selon l’IRIS. Cette qualification apparaît aujourd’hui paradoxale au regard de la violence de la rupture.
Cette décision intervient alors que les deux hommes sont issus du même cercle politique et affichaient une proximité profonde encore en 2024. Le renvoi de Sonko de ses fonctions de Premier ministre crée une instabilité institutionnelle au sommet de l’État sénégalais.
Une genèse politique au sein du PASTEF

Le lien entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ne date pas de leur accession au pouvoir. Leurs trajectoires sont liées depuis leurs études, durant lesquelles ils ont fréquenté ensemble l’École nationale d’administration (ENA). Ils ont ensuite suivi la même voie professionnelle en devenant inspecteurs des impôts et des domaines.
En 2014, ils cofondent le PASTEF (le Parti des patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité). Au sein de cette organisation, Bassirou Diomaye Faye a accédé au poste de secrétaire général en 2022, tandis qu’Ousmane Sonko se concentrait sur ses ambitions présidentielles.
Leur solidarité a été cimentée par des épreuves communes, notamment leur incarcération à la prison de Cap Manuel. Cette période de détention, vécue alors que le président Macky Sall s’accrochait au pouvoir, a renforcé leur image de combattants. Leur campagne éclair a été portée par un slogan symbolisant leur fusion politique : Diomaye mooy Sonko, Sonko mooy Diomaye
[Diomaye est Sonko, Sonko est Diomaye].
Parce que la candidature d’Ousmane Sonko avait été invalidée, ce dernier a choisi Bassirou Diomaye Faye, son aide le plus loyal, pour briguer la présidence. Cette stratégie a conduit à une victoire resounding le 24 mars 2024.
La dynamique de pouvoir entre légitimité et popularité

Malgré l’image d’un bloc monolithique, un déséquilibre profond existait entre les deux hommes. Pour nombre d’observateurs, Ousmane Sonko était le véritable moteur de la victoire électorale. Son influence sur la scène politique était établie bien avant l’élection de 2024, notamment après avoir terminé troisième lors de l’élection présidentielle de 2019.
Sonko a su construire un lien émotionnel et politique unique avec une partie de la population sénégalaise, particulièrement les jeunes. Ce soutien s’est appuyé sur un récit de résistance, de rupture et de changement, malgré des difficultés judiciaires et le scandale dit de la Sweet Beauty
.
À l’inverse, Bassirou Diomaye Faye était largement inconnu du grand public au moment de son ascension. L’analyse de l’IRIS souligne que sans le soutien populaire de Sonko, Faye n’aurait probablement jamais accédé à la présidence de la République.
Le dénouement d’une tension structurelle
L’installation de Faye au pouvoir a ainsi créé une tension structurelle : l’un détenait la légitimité institutionnelle et le titre de président, tandis que l’autre conservait le charisme et l’aura populaire. Le limogeage du 22 mai semble être l’aboutissement de cette friction entre la fonction présidentielle et l’influence politique.