Un recueil inédit révèle une facette méconnue de Rea Irvin, l’artiste qui a façonné l’identité visuelle d’un magazine américain emblématique et créé son personnage le plus célèbre, Eustace Tilley. L’ouvrage, publié le mois prochain, exhume « The Smythes », une série de bandes dessinées dominicales datant des années 1930, témoignant d’un humour subtil et d’une observation tendre de la vie conjugale dans la haute société.
Rea Irvin, premier directeur artistique du magazine, est surtout connu pour avoir imaginé Eustace Tilley, ce dandy au monocle dont le profil distinctif orne la couverture depuis un siècle. Au-delà de cette création iconique, Irvin a défini l’esthétique raffinée de la publication et a collaboré avec de nombreux artistes. Il a également dessiné lui-même plusieurs couvertures, démontrant son talent graphique.
Ce nouvel ouvrage, préparé par l’artiste R. Kikuo Johnson et le dessinateur Dash Shaw, met en lumière une autre passion d’Irvin : « The Smythes », diffusée à partir de 1930 dans le New York Herald Tribune et d’autres journaux. La bande dessinée s’inscrivait dans la lignée de « Bringing Up Father », une série extrêmement populaire créée par George McManus, qui mettait en scène une épouse autoritaire et un mari résigné. Le comique de cette dernière série reposait souvent sur le contraste entre les aspirations sociales de l’épouse et la préférence de son mari pour des plaisirs simples, comme le corned-beef et le chou.
Dans l’univers d’Irvin, John et Margie Smythe sont tous deux animés par le désir de paraître sophistiqués – un trait qu’ils partagent avec Eustace Tilley. Les planches, d’une composition élégante, dépeignent Margie Smythe dans un culte passionné, quoique malavisé, pour son mari. Les gags, souvent doux-amers, révèlent l’affection de l’auteur pour les travers et les faiblesses du couple.
Ironiquement, cette satire des riches et privilégiés, publiée en pleine Grande Dépression, n’a pas rencontré un grand succès. Après cinq ans, Irvin s’est tourné vers des personnages issus de milieux plus modestes, mais sans plus de résultats. En 1936, il a finalement abandonné la série, qui est ensuite tombée dans l’oubli jusqu’à aujourd’hui.
Le recueil propose une sélection de planches qui offrent un portrait amusant, ironique et touchant de la vie conjugale au sein de la bonne société.
