AbbVie investit 650 millions de dollars dans un nouveau traitement anticancéreux développé en Chine, renforçant ainsi son portefeuille en oncologie. Cette acquisition s’inscrit dans une tendance croissante d’intérêt pour une nouvelle classe de médicaments ciblant à la fois le système immunitaire et la croissance tumorale.
L’accord, annoncé lundi, donne à AbbVie les droits mondiaux de commercialisation du RC148, développé par la société chinoise RemeGen, à l’exception de la Chine continentale où RemeGen conservera les droits. Le RC148 est un anticorps bispécifique, une molécule conçue pour agir simultanément sur deux cibles clés dans le développement du cancer : la protéine PD-1 présente sur les cellules immunitaires et le VEGF, un facteur de croissance vasculaire qui alimente les tumeurs.
En bloquant PD-1, le RC148 vise à lever les freins que les cellules cancéreuses imposent au système immunitaire, permettant ainsi aux défenses naturelles de l’organisme d’attaquer les tumeurs. Simultanément, en inhibant le VEGF, il cherche à couper l’approvisionnement sanguin des tumeurs, ralentissant leur croissance. Cette double action pourrait permettre de surmonter les mécanismes de résistance aux médicaments souvent observés dans le traitement du cancer.
Les premiers essais cliniques du RC148, menés en combinaison avec un autre type de médicament anticancéreux, les conjugués anticorps-médicament (ADC), ont montré des résultats « prometteurs » en termes d’activité antitumorale, selon AbbVie et RemeGen. L’entreprise pharmaceutique américaine envisage également d’explorer des combinaisons du RC148 avec ses propres ADC, notamment le telisotuzumab adizutecan, pour traiter des cancers solides tels que le cancer du poumon non à petites cellules et le cancer colorectal.
« En combinant l’inhibition du point de contrôle immunitaire et l’activité anti-angiogénique du RC148 avec l’activité cytotoxique ciblée des ADC, nous avons le potentiel d’identifier des options significatives pour les patients dans une gamme de tumeurs solides », a déclaré Daejin Abidoye, responsable du domaine oncologie d’AbbVie.
AbbVie devrait en dire plus sur sa stratégie en matière de traitements anticancéreux lors d’une conférence à San Francisco mercredi. Par ailleurs, l’entreprise a annoncé un investissement de 10 milliards de dollars pour renforcer ses capacités de production pharmaceutique aux États-Unis, avec l’acquisition d’un site de fabrication en Arizona.
La concurrence dans le domaine des anticorps bispécifiques PD-1/VEGF est forte, avec d’autres entreprises chinoises (Summit Therapeutics, MerckBioNTech, Pfizer) et américaines (Crescent Biopharma) également actives dans ce secteur. Instil Bio a récemment interrompu le développement d’un bispécifique PD-L1/VEGF sous licence d’une société chinoise, ce qui souligne la difficulté de se démarquer dans ce domaine en rapide évolution. Selon l’analyste David Risinger de Leerink Partners, le RC148 de RemeGen a le potentiel de devenir un produit à succès pour AbbVie, mais des données probantes démontrant sa supériorité seront cruciales. Les résultats de trois études de phase 2 menées en Chine devraient être disponibles cette année.
Outre le paiement initial de 650 millions de dollars (environ 595 millions d’euros), AbbVie s’engage à verser jusqu’à 4,95 milliards de dollars (environ 4,5 milliards d’euros) en paiements supplémentaires en fonction de l’atteinte de certains objectifs. L’entreprise devra également verser des redevances sur les ventes du RC148 en dehors de la Chine.
L’acquisition du site de fabrication en Arizona s’accompagne d’un investissement de plus de 175 millions de dollars (environ 160 millions d’euros) et de la création d’environ 200 emplois. AbbVie prévoit d’y produire des médicaments dans les domaines de l’immunologie et des neurosciences.