Publié le 24 février 2024 18:30:00. Le réalisateur et artiste palestinien Muhammad Bakri, figure majeure du cinéma engagé en Israël, est décédé mercredi à l’âge de 72 ans après une longue maladie. Son œuvre, souvent controversée, a documenté la réalité palestinienne et lui a valu persécutions et interdictions.
- Muhammad Bakri, pionnier du cinéma palestinien en Israël, est décédé des suites de problèmes cardiaques et pulmonaires.
- Son film « Jenin, Jenin », témoignant des événements du camp de Jénine en 2002, a été au cœur de longues batailles judiciaires et lui a valu une interdiction de diffusion et de lourdes amendes.
- Bakri a participé à plus de 43 productions théâtrales et cinématographiques, et son travail a été reconnu au niveau international, notamment avec une nomination aux Oscars pour « Behind Bars ».
Né en 1953 à Al-Bainah, en Galilée, Muhammad Bakri était un citoyen israélien d’origine palestinienne, comme les près de deux millions d’Arabes vivant en Israël. Il a étudié à l’Université de Tel Aviv à partir de 1973 et a rapidement développé une carrière artistique qui l’a mené sur les scènes et les plateaux de tournage de plusieurs pays, notamment aux Pays-Bas, en Belgique, en France et au Canada.
Bakri s’est distingué par une approche cinématographique audacieuse, utilisant la caméra comme un outil de documentation et de prise de position face aux récits dominants. Son œuvre a souvent abordé des thèmes liés à l’identité palestinienne, à l’occupation israélienne et aux injustices subies par la population palestinienne.
C’est son film « Jenin, Jenin », réalisé en 2002, qui a marqué un tournant dans sa carrière et a déclenché une longue série de poursuites judiciaires. Le film documentait les événements survenus dans le camp de Jénine lors de l’opération « Bouclier défensif » lancée par l’armée israélienne en avril 2002, au cours de laquelle de nombreuses personnes ont été tuées. En février 2021, un tribunal israélien a interdit la projection du film et a condamné Bakri à payer une amende de 175 000 shekels (environ 47 000 euros) à un soldat israélien apparaissant dans le film, au titre d’une « compensation ».
Outre « Jenin, Jenin », Bakri a participé à de nombreuses autres productions, dont « Behind Bars », qui a été nominé pour un Oscar, « Haifa », « Hanna K » et « Under Women’s Feet ». Il a également travaillé avec des théâtres prestigieux tels que Habima, Haïfa et le théâtre de la Kasbah de Ramallah, restant fidèle à sa conviction que l’art a le pouvoir de libérer l’homme.
En 2022, une campagne de solidarité avec Muhammad Bakri a été lancée à Nazareth, en Israël, pour dénoncer les années de persécutions politiques et judiciaires dont il a été victime en raison de « Jenin, Jenin ». Sa mort marque la perte d’une voix importante du cinéma palestinien et d’un artiste engagé qui a consacré sa vie à témoigner de la réalité de son peuple.
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