Cardiff accueille une relecture audacieuse et inventive du conte classique d’Alice au Pays des Merveilles, sous la forme d’une comédie musicale de Noël qui explore les thèmes de l’identité, du jeu et de la perte de l’innocence. Jusqu’au 3 janvier au Sherman Theatre, le spectacle propose une Alice bien loin de l’enfant rêveuse de Lewis Carroll.
Alice Liddell (de son nom complet Elian Mai West), une urbaniste chargée d’un projet controversé de construction d’un parking à étages sur un terrain de jeu, apparaît d’abord comme une femme pragmatique et désabusée. Vêtue d’un tailleur gris, elle semble avoir oublié la magie de son passé. Sa vie est marquée par le deuil de son mari, perdu à la guerre, et les préoccupations liées à l’adolescence de sa fille, Carys (Mari Fflur), qui aspire à conserver son insouciance enfantine.
Mais le Pays des Merveilles n’a pas dit son dernier mot. La Reine de Cœur (Caitlin Lavagna), toujours aussi tyrannique, souhaite une revanche à un match de croquet. C’est alors que le Lapin Blanc (Keiron Self) fait irruption dans la vie d’Alice, l’entraînant dans un nouveau voyage au cœur d’un monde fantastique revisité. Les personnages emblématiques du conte original sont ainsi réimaginés, à l’instar de ceux dépeints dans la comédie musicale Into the Woods de Stephen Sondheim.
La mise en scène de Barnaby Southgate, décalée et inventive, sert de toile de fond à l’univers kaléidoscopique de Lewis Carroll, exploré par Hannah McPake. La pièce mêle jeux d’enfants, réflexions sur le pouvoir et la tyrannie, et humour intelligent. Sur scène, un groupe de cinq musiciens-acteurs, costumés comme des habitants du Pays des Merveilles, accompagne les numéros musicaux.
Les chansons, composées par Lucy Rivers sur des paroles de Hannah McPake, sont particulièrement remarquables. Si certaines sont un peu trop verbeuses, d’autres, comme la ballade puissante « Red » interprétée par la Reine Rouge, ou le morceau amusant « Out of My Box/Life on the Edge » d’Humpty Dumpty (Oliver Wood) transformé en imitateur d’Elvis, rencontrent un vif succès. Le numéro entraînant « Guess Who’s Back », chanté par Alice, la Licorne (Emily Ivana Hawkins) et le Chapeau (Max James), est également un point fort du spectacle.
Au fil de l’aventure, Alice est confrontée à des questions existentielles, notamment à travers la chanson du Chapeau, « Who Are You? ». Comme le souligne le conte de Carroll, qui peut être interprété comme une quête d’identité, Alice redécouvre qui elle est vraiment. « Qui suis-je au juste ? » se demande-t-elle, comme elle l’a déjà fait par le passé.
Les costumes d’Elin Steele sont magnifiques, et les marionnettes, allant du plus mignon au plus terrifiant, contribuent à l’atmosphère féérique du spectacle. L’apparition du Jabberwock, en particulier, est saisissante.
Cette production est une manière imaginative et ludique de revisiter un récit intemporel sur l’importance de l’imagination et le plaisir de jouer. Les personnages du Pays des Merveilles rappellent à Alice que l’on ne cesse de jouer parce que l’on grandit, mais que l’on grandit parce que l’on cesse de jouer. C’est en cultivant son enfant intérieur qu’elle apprend à s’épanouir. Une leçon qui résonne avec nous tous.
Sur le même sujet
