Publié le 27 octobre 2025 11h35. Un an après les inondations dévastatrices de la DANA (Dépréciation Atypique Naturelle), Amnesty International alerte sur la persistance de risques pour des centaines de milliers de personnes en Espagne, en raison de la construction continue dans des zones inondables.
- Amnesty International dénonce la construction persistante dans les zones à risque d’inondation, malgré les avertissements.
- Le rapport souligne une réponse institutionnelle fragmentée et un manque d’investissement dans les infrastructures hydrauliques.
- L’organisation appelle à un moratoire sur les projets urbains dans les zones touchées et à une révision du système de protection sociale.
Un an après la catastrophe qui a fait 229 morts et des dégâts considérables, notamment dans la région de Valence, Amnesty International tire la sonnette d’alarme. Dans son nouveau rapport, intitulé « Il pleut sur les dégâts. DANA : impacts de la crise climatique dans un scénario de crise structurelle du logement », l’ONG accuse les autorités de ne pas tirer les leçons de la tragédie et de continuer à autoriser des constructions dans des zones exposées aux inondations, mettant ainsi en danger la vie de dizaines de milliers de personnes.
« L’eau ne fait pas de discrimination, mais lorsqu’il s’agit de logement, elle frappe toujours les plus vulnérables », explique Marta Mendiola, chercheuse à Amnesty International sur le changement climatique et le droit au logement.
« Le logement n’est pas seulement un bien qui a été perdu, c’est un droit humain qui n’est toujours pas garanti un an après la DANA. »
Marta Mendiola, chercheuse à Amnesty International
La DANA d’octobre 2024, qui a détruit des centaines de foyers et causé plus de 200 décès, a mis en évidence, selon Amnesty International, un manque d’adaptation au changement climatique et une protection insuffisante du droit au logement. La Communauté valencienne, l’une des régions d’Espagne les plus touchées, compte parmi les plus grandes plaines inondables du pays, où vivent environ 600 000 personnes.
Toñi García, une victime des inondations qui a perdu sa fille de 24 ans et son mari à Benetússer, témoigne de la violence de l’événement. Elle raconte comment les eaux ont envahi les rues de sa commune, dévastant maisons, garages et commerces. Un rare exemple positif, selon elle, est celui du magasin Ikea local, qui avait mené des études préalables pour se préparer à de tels événements. Elle appelle à ce que cet exemple serve de référence pour les nouvelles constructions, afin qu’elles soient mieux adaptées aux risques.
Le rapport d’Amnesty International dénonce également une réponse institutionnelle jugée fragmentée, lente et inégale, laissant de nombreuses personnes touchées dans l’incertitude. Les procédures administratives sont décrites comme complexes, l’information difficile d’accès et l’offre de logements sociaux insuffisante. L’aide financière maximale proposée par la Generalitat, de 800 euros par mois, est considérée comme largement insuffisante au regard de l’augmentation des loyers dans les communes sinistrées.
L’ONG souligne également une diminution significative des investissements dans les infrastructures hydrauliques dans la province de Valence depuis 2009, conséquence directe des coupes budgétaires. Ce manque d’investissement a limité la capacité de prévention et d’atténuation des risques, en particulier dans les municipalités de La Ribera et Huerta Sur.
Dans des quartiers comme El Xenillet ou La Mancha, à Torrent, la DANA a aggravé une situation déjà précaire, avec des maisons démolies sans garanties, un manque d’informations sur les indemnisations et des problèmes de santé persistants liés aux pannes d’égouts et d’eau potable. Amnesty International dénonce que ces conditions violent le droit au logement et exposent la population à de nouveaux dangers.
Amnesty International exige un moratoire immédiat sur les projets urbains dans les communes touchées par la DANA, en attendant l’approbation de la révision du Plan d’Action Territorial sur le Risque d’Inondation (PATRICOVA) et la réalisation d’études actualisées des zones à risque. L’organisation demande également au gouvernement central et aux communautés autonomes de revoir le système de protection sociale contre les catastrophes climatiques, d’élaborer un protocole d’aide global et de garantir une réponse fondée sur les droits de l’homme.
Vous pouvez visionner l’interview complète de Toñi García sur euronews.es le mardi 28 octobre.
