Publié le 9 octobre 2025 à 13h47. Le royaume saoudien, en pleine diversification économique, attire des stars du stand-up américain pour un festival à Riyad, soulevant une vague de critiques face au bilan controversé du pays en matière de droits de l’homme et de liberté d’expression.
- Le Festival de l’humour de Riyad a attiré des humoristes de renom tels que Pete Davidson, Louis C.K. et Dave Chappelle.
- L’événement, organisé par la General Entertainment Authority (GEA) saoudienne, vise à promouvoir Riyad comme une destination culturelle majeure.
- Plusieurs artistes ont été censurés ou ont renoncé à participer en raison des restrictions imposées et du bilan du royaume en matière de liberté d’expression.
L’Arabie saoudite investit massivement dans le divertissement – football, opéra, jeux vidéo – dans le cadre d’une stratégie visant à réduire sa dépendance au pétrole et à améliorer son image internationale. Le dernier en date : la comédie. Le Festival de l’humour de Riyad, qui s’est achevé récemment, a réuni un casting prestigieux d’humoristes américains, dont Pete Davidson, Louis C.K., Dave Chappelle, Kevin Hart, Aziz Ansari, Whitney Cummings et Jessica Kirson. Des artistes britanniques comme Jimmy Carr, Jack Whitehall et Omid Djalili étaient également de la partie.
Organisé par la General Entertainment Authority (GEA), l’événement avait pour objectif, selon ses promoteurs, de « renforcer le statut de Riyad en tant que destination de premier plan pour les grands événements culturels et artistiques ». Mais pour certains, il s’agit d’une opération de “pop-washing”, une tentative de blanchir l’image d’un régime autoritaire par le biais de la culture et du divertissement.
Le président de la GEA, Turki Al-Sheikh, est lui-même une figure controversée. Il a notamment republié sur son compte X une chanson célébrant le principal suspect dans l’assassinat de Jamal Khashoggi, journaliste saoudien assassiné en 2018. Cette affaire, comme d’autres, soulève des questions sur la cohérence entre les ambitions culturelles du royaume et son bilan en matière de droits de l’homme.
Le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS) semble avoir découvert l’humour, mais son sens de la plaisanterie a des limites. En 2024, Abdulaziz Almuzaini, créateur de la série animée satirique Comté de Masameer, inspirée de South Park et Family Guy, a été condamné à 13 ans de prison et à 30 ans d’interdiction de voyager pour « terrorisme et promotion de l’homosexualité » après que sa série ait rencontré un succès sur Netflix.
D’autres artistes ont subi des représailles pour avoir exprimé des opinions critiques. Fahad Albuiri, surnommé le « Jerry Seinfeld d’Arabie saoudite », aurait été menotté, les yeux bandés et expulsé vers l’Arabie saoudite alors qu’il se produisait en Jordanie en 2018. Abdulrahman al-Sadhan a été condamné à 20 ans de prison pour avoir géré un compte Twitter parodique, et Tala Safwan, une influenceuse égyptienne, a été arrêtée pour une blague jugée obscène. En 2018, une loi spécifique a été introduite pour punir la satire en ligne jugée offensante pour l’ordre public.
La participation de certains humoristes américains, connus pour leurs prises de position contre la “cancel culture”, a suscité l’étonnement. Pete Davidson a affirmé qu’il n’y avait aucune restriction sur son contenu, une déclaration mise en doute par Atsuko Okatsuka, qui a révélé un contrat détaillant des restrictions strictes sur les sujets autorisés, notamment toute critique du royaume, de la famille royale ou de la religion.
Tim Dillon a vu son invitation annulée après une blague sur l’esclavage, et Jim Jefferies a été écarté après avoir déclaré : « Un journaliste a été tué par le gouvernement… malheureux, mais ce n’est pas une putain de colline sur laquelle je vais mourir. » Bill Burr, qui s’est produit sur scène, a confirmé qu’il y avait eu de la censure, mais a précisé que « la famille royale a adoré le spectacle ».
Certains humoristes ont justifié leur participation par des considérations financières. Vinny Thomas a ironisé sur le sujet : « Parfois, pour combattre le pouvoir, il faut être payé par le pouvoir. » Chris Distefano a admis qu’il avait été convaincu par sa fiancée de « prendre cet argent ». D’autres, comme Nimesh Patel, ont renoncé à participer, estimant que le prix à payer était trop élevé.
La question de savoir si la présence de ces artistes contribue à un changement positif ou à un “pop-washing” reste ouverte. David Cross a vivement critiqué ses collègues, les qualifiant de « salauds méchants, amoraux et escrocs » pour avoir accepté de se produire dans un pays où la liberté d’expression est sévèrement limitée. Le débat souligne les dilemmes moraux auxquels sont confrontés les artistes lorsqu’ils sont confrontés à des régimes autoritaires et à la tentation de gains financiers importants.
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