Home Des sportsÉquipe péruvienne, histoire en direct | Le rêve de Vérone : l’histoire de la façon dont Rinaldo Cruzado est devenu la dernière grande vente directe du football péruvien à la Serie A italienne | SPORTS-TOTAL

Équipe péruvienne, histoire en direct | Le rêve de Vérone : l’histoire de la façon dont Rinaldo Cruzado est devenu la dernière grande vente directe du football péruvien à la Serie A italienne | SPORTS-TOTAL

by Camille Renault

Publié le 9 octobre 2024 12h40. L’ancien dirigeant du football péruvien Edwin Oviedo révèle dans son livre les coulisses d’une vente spectaculaire : celle de Rinaldo Cruzado, star de la sélection péruvienne, au club italien du Chievo Vérone en 2011, une opération menée avec audace et détermination.

  • Edwin Oviedo raconte comment il a négocié le transfert de Rinaldo Cruzado au Chievo Vérone pour 850 000 dollars (environ 780 000 euros).
  • L’opération, menée depuis Chiclayo, a permis au club péruvien Juan Aurich d’obtenir un montant record pour l’époque.
  • Le livre « Le Cas Oviedo » dévoile les stratégies de négociation et les tensions qui ont marqué ce transfert inattendu.

Dans son ouvrage « Le Cas Oviedo », Edwin Oviedo, ancien président de Juan Aurich et figure influente de la Fédération péruvienne de football entre 2015 et 2018, revient sur une transaction qui a marqué l’histoire du football péruvien. Il s’agit de la vente de Rinaldo Cruzado, milieu de terrain talentueux et international péruvien, au Chievo Vérone, club de Serie A italienne, en 2011. Oviedo décrit une négociation intense, où il a su imposer les conditions du club péruvien face à un adversaire européen initialement peu enclin à céder.

L’histoire de cette négociation ne se résume pas à des chiffres, mais révèle également les enjeux personnels, les doutes et les prises de risques qui ont jalonné le processus. En 2011, les clubs de province péruviens peinaient à se faire une place sur la scène internationale. Pourtant, depuis Chiclayo, Oviedo a réussi à attirer l’attention des recruteurs européens. Initialement, Raúl González, l’agent de Cruzado, avait proposé un montant de 300 000 dollars (environ 275 000 euros) au club. Mais Oviedo n’a pas accepté de se contenter de cette offre. Il a insisté pour parler directement au président du Chievo Vérone.

La première rencontre en Italie fut brève et peu encourageante. Oviedo fut reçu par le directeur sportif du Chievo, qui rejeta la proposition péruvienne, invoquant les antécédents de blessures du joueur et son âge (26 ans). « Combien le propriétaire de Juan Aurich demande-t-il ? », a alors demandé le dirigeant italien. « Deux millions », répondit Oviedo. La réunion ne dura pas plus de cinq minutes. Cependant, le lendemain, le président Luca Campedelli, informé du déplacement d’Oviedo, demanda un nouveau rendez-vous. Un déjeuner devint alors le théâtre de négociations ardues, où le silence et la détermination firent office d’arguments.

Lors de ce déjeuner, l’offre initiale du Chievo Vérone, à hauteur d’un demi-million de dollars (environ 460 000 euros), fut rejetée. Oviedo et son émissaire, César Vento, maintinrent leur position. L’agent de Cruzado protesta :

« Comment pouvez-vous refuser un demi-million si vous n’avez rien investi ? »

Raúl González, agent de Rinaldo Cruzado

La tension monta. Mais Oviedo tint bon. La nuit fut longue. À l’aube, le dirigeant péruvien lança un ultimatum : « S’ils paient 850 000 dollars, le joueur est à eux ». Contre toute attente, le club italien accepta. L’accord était scellé.

L’histoire derrière le chiffre

Le montant de 850 000 dollars était considérable dans le contexte du football péruvien. Oviedo admet, avec une certaine surprise, que personne n’imaginait atteindre de telles sommes. Son approche audacieuse en matière de négociation, explique-t-il, était le fruit de son expérience dans le commerce : « Mes débuts en tant que commerçant m’ont aidé à négocier. »

Pour Cruzado, il s’agissait d’un rêve : celui de retrouver le Vieux Continent. Pour Juan Aurich, ce transfert représentait une injection financière cruciale. Le joueur avait cependant exprimé quelques hésitations.

« Président, comment allez-vous me faire ça ? C’est mon opportunité de retourner en Europe »

Rinaldo Cruzado, joueur

Oviedo lui demanda de patienter : « Ayez confiance, nous continuons à négocier. »

Rinaldo Cruzado joue pour le Chievo Vérone de la Serie A italienne contre l'Inter Milan de Javier Zanetti. (Photo : AFP)

Rinaldo Cruzado joue pour le Chievo Vérone de la Serie A italienne contre l’Inter Milan de Javier Zanetti. (Photo : AFP)

/ GIUSEPPE CACACE

Lorsque tout semblait bouclé, les derniers ajustements furent apportés. Le club italien avait initialement proposé 500 000 dollars, puis 700 000 dollars. Mais le dirigeant péruvien ne céda pas. Ce n’est que lorsqu’ils atteignirent 850 000 dollars qu’il accepta l’accord. Cette insistance, selon son récit, a transformé l’impensable en réalité.

Cette opération réussie représente une étape importante pour un club de province. C’était l’une de ces occasions où un petit club imposait ses conditions, face à un géant européen habitué à dicter sa loi. Oviedo affirme que cette affaire, ainsi que celle de Luis Tejada au club mexicain Toluca, ont marqué un tournant dans la manière dont Juan Aurich concevait le marché des transferts.

Au-delà de l’aspect financier, cette histoire illustre également les risques pris. Oviedo évoque la pression de l’agent, les appels incessants, les doutes du joueur. Il fallait également rester calme et ne pas montrer de faiblesse. En fin de compte, le succès de cet épisode réside non seulement dans le montant obtenu, mais aussi dans la stratégie mise en œuvre : parler, résister, persévérer et convaincre.

Après la conclusion de l’accord, Oviedo reçut un appel de l’agent González, qui se trouvait alors en Allemagne.

« Maître, mes respects. Je n’aurais jamais imaginé qu’ils obtiendraient une telle somme. »

Raúl González, agent de Rinaldo Cruzado

Cette anecdote est relatée dans « Le Cas Oviedo ».

Aujourd’hui, Rinaldo Cruzado figure dans le palmarès d’Oviedo comme le Péruvien qui a réussi à percer dans le Calcio, et son transfert au Chievo Vérone est inscrit dans l’histoire du football national comme un coup de maître.

Oviedo présente son récit sans ostentation ni arrogance. Il ne cache pas les moments de tension. Mais le véritable indicateur de succès était le résultat : 850 000 dollars, un montant impensable pour un club de province à cette époque.

Rinaldo Cruzado joue pour le Chievo Vérone de la Serie A italienne contre l'Inter Milan de Javier Zanetti. (Photo : AFP)

Rinaldo Cruzado joue pour le Chievo Vérone de la Serie A italienne contre l’Inter Milan de Javier Zanetti. (Photo : AFP)

/ GIUSEPPE CACACE

En définitive, l’histoire de la vente de Cruzado n’est pas qu’une simple anecdote : c’est un reflet du football péruvien. Elle montre à quel point les clubs de province étaient marginalisés sur les grands marchés et combien il était nécessaire de prendre des risques pour rétablir l’équilibre. Dans un pays où de nombreuses opérations ont échoué en raison de la faiblesse des offres, ce pacte a établi un précédent : même les clubs provinciaux peuvent négocier avec dignité.

En fin de compte, on se souvient non seulement du joueur, du club ou du montant, mais aussi de la leçon apprise. Dans le football, le but le plus décisif n’est pas toujours marqué sur le terrain, mais dans la salle de réunion. Et pour y parvenir, il faut savoir élever la voix, montrer les dents et attendre patiemment que l’autre partie reconnaisse la valeur de son joueur, de son rêve, de son atout.

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