Après huit ans d’absence, Daniel Day-Lewis revient au cinéma dans Anemone, le premier long métrage de son fils, Ronan Day-Lewis. Un film sombre et intense qui explore les liens complexes entre frères, pères et fils, et qui marque un retour attendu, mais loin d’être léger, pour l’acteur triple oscarisé.
Le film, dont l’action se déroule à la fin des années 1980, suit Ray Stoker, un homme solitaire et taciturne interprété par Day-Lewis, qui vit en exil volontaire dans les bois du Yorkshire. Hanté par son passé de paramilitaire britannique en Irlande du Nord dans les années 1960, il est confronté à la tentative de réconciliation de son frère, Jem (Sean Bean), au nom de sa femme, Nessa (Samantha Morton), ancienne amante de Ray, et de leur fils, Brian (Samuel Bottomley), un jeune homme rongé par la colère.
Si le tournage avec son fils a été une expérience joyeuse pour Daniel Day-Lewis – « Du début à la fin, ce fut un pur bonheur de passer ce temps avec lui » – le film lui-même est empreint d’une atmosphère pesante et mélancolique. Ronan Day-Lewis, qui a coécrit le scénario avec son père, semble avoir voulu dépeindre avec réalisme le poids des non-dits et des traumatismes non résolus qui affectent deux générations d’hommes stoïques et marqués par la guerre.
Anemone, un titre à la fois symbolique et ambigu, s’installe progressivement comme un brouillard sur la côte nord de l’Angleterre, lourd et immatériel, chargé d’une sombre importance. Le film débute par une prière prononcée par Sean Bean, dont le visage trahit une profonde gravité, avant de plonger dans un univers de traumatismes inavoués, exprimés par des plans rapprochés sur des doigts ensanglantés, des murs vides et des torses tronqués.
L’interprétation de Daniel Day-Lewis est, comme à son habitude, intense et captivante. Son personnage de Ray Stoker, amer et bourru, est un défi qu’il relève avec brio. Il harcèle son frère, Jem, comme s’il n’était jamais parti, et livre des monologues percutants, dont l’un, particulièrement cru, a suscité des réactions dans le public.
Cependant, le film souffre parfois d’un manque de subtilité. Les confessions tonitruantes, les accords dissonants et les touches de réalisme magique, à l’exception d’un cauchemar particulièrement réussi qui évoque le syndrome de stress post-traumatique, peinent à transmettre autre chose que la volonté d’être sérieux. « Nous n’avons pas eu beaucoup de père, n’est-ce pas ? » interroge Ray à son frère, faisant référence aux péchés de l’homme et de la fonction, sans pour autant apporter de nouvelles révélations.
Le film prend de l’ampleur grâce à deux monologues exceptionnels de Daniel Day-Lewis, qui permettent au projet de transcender ses thèmes pour atteindre une forme de catharsis. Ronan Day-Lewis filme son père avec une précision remarquable, cadrant son visage impérieux dans l’ombre, ou le baignant de la lueur vacillante d’un feu de cheminée. Lorsque le silence de Ray est enfin brisé, dans une scène de confession déchirante, le spectateur est plongé au cœur de ses tourments.
Mais ce moment de grâce est rapidement englouti par une emphase excessive sur l’importance du sujet, symbolisée par une tempête littérale qui illustre les bouleversements émotionnels des personnages. Ronan Day-Lewis montre des signes prometteurs en tant que réalisateur – Anemone est visuellement soigné, avec ses regards sombres, ses cieux tourmentés et ses montages énigmatiques – mais il doit encore affiner ses outils pour que ses films touchent le spectateur avec la force des coups échangés entre les deux frères, qui finissent par s’affronter physiquement.
Pour aller plus loin
