L’équipe nationale d’Iran se prépare pour la Coupe du monde 2026 dans un climat de tension extrême, alors que son pays est en guerre avec les États-Unis, l’un des pays hôtes. Actuellement en camp d’entraînement en Turquie, les joueurs font face à des défis logistiques et psychologiques majeurs avant leurs matchs prévus aux États-Unis.
Visas et logistique : le déroutement vers Tijuana
La participation de l’Iran au tournoi nord-américain a longtemps été entourée d’incertitude. Le conflit armé opposant l’Iran aux États-Unis et à Israël, débuté le 28 février avant un cessez-le-feu fragile instauré le 8 avril, a transformé la préparation sportive en un véritable casse-tête administratif. D’après Al Jazeera, l’incertitude persiste malgré l’arrêt des hostilités, rendant chaque étape du voyage précaire.

L’équipe a dû s’installer à Antalya, en Turquie, pour s’entraîner, tandis que certains membres se rendaient à Ankara pour tenter d’obtenir des visas auprès de l’ambassade américaine. Ces difficultés administratives ont forcé la fédération à modifier radicalement son installation. Le camp de base, initialement prévu à Tucson, en Arizona, a été déplacé vers Tijuana, à la frontière mexicaine, quelques semaines seulement avant le début de la compétition.
La situation se débloque partiellement : l’équipe doit s’envoler pour le Mexique ce week-end, après que les permis d’entrée ont été finalisés pour l’ensemble du groupe via l’ambassade du Mexique à Ankara.
Le poids psychologique du conflit sur les joueurs
Au-delà des visas, c’est la santé mentale des athlètes qui est mise à l’épreuve. Selon des entretiens exclusifs accordés à l’Associated Press, les joueurs vivent dans un état de dualité permanente, entre l’exigence de la performance sportive et l’angoisse liée aux nouvelles venant de leur pays.

« Pour être honnête, ce n’est pas facile. Ce sera ma troisième Coupe du monde. Donc pour moi et certains autres joueurs, il pourrait être plus facile de gérer ce genre de choses. Mais au bout du compte… ce sera difficile pour nous parce que, parallèlement, nous suivons les nouvelles de notre pays et les questions politiques peuvent, bien sûr, affecter l’esprit des joueurs et des gens.
Pour les nouveaux venus comme Mohammad Ghorbani, 24 ans, la stratégie consiste à s’en tenir strictement au rôle d’athlète pour survivre à la pression.
Tactiques d’Amir Ghalenoei et exclusions controversées
Sur le plan technique, le sélectionneur Amir Ghalenoei tente de stabiliser son groupe malgré le chaos extérieur. Comme le détaille The Guardian, l’Iran a testé plusieurs systèmes lors de ses matchs amicaux de mars contre le Nigeria et le Costa Rica pour s’adapter à ses futurs adversaires.
Le schéma principal reste le 4-2-3-1, mais Ghalenoei a introduit un « plan B défensif » en 3-6-1, spécifiquement conçu pour contrer la Belgique. Le coach a également expérimenté un 4-4-2, prouvant sa volonté de moduler son approche selon l’adversaire.
L’effectif présente des piliers solides, mais aussi des absences marquées. Si Alireza Beiranvand reste le gardien titulaire et Mehdi Taremi le capitaine et leader d’attaque, le cas de Sardar Azmoun illustre la porosité entre sport et politique. Azmoun a été écarté du groupe après la publication de photos le montrant avec le dirigeant des Émirats arabes unis, pays ayant soutenu les États-Unis et Israël durant le conflit.
Le défi de Los Angeles et le calendrier du Groupe G
L’Iran fera face à un paradoxe singulier lors de ses deux premiers matchs : jouer à Los Angeles, ville qui abrite l’une des plus grandes communautés iraniennes au monde, mais dont une large partie s’oppose fermement au gouvernement actuel de Téhéran.

« Nous nous attendons donc certainement à avoir beaucoup de supporters dans le stade lors de nos matchs. Et cela va représenter beaucoup de pression pour nous car les attentes seront élevées.
Le calendrier impose une montée en puissance rapide pour une équipe dont la préparation a été fragmentée entre la Turquie et le Mexique :
- 15 juin : Iran vs Nouvelle-Zélande (Los Angeles)
- 21 juin : Iran vs Belgique (Los Angeles)
- 26 juin : Iran vs Égypte (Seattle)
L’enjeu pour Ghalenoei est désormais de transformer ce traumatisme logistique en force mentale. Si le potentiel technique est là, la capacité de l’équipe à ignorer le bruit politique et les tensions diplomatiques déterminera si cet événement restera un simple exploit sportif ou un symbole de résilience nationale dans un contexte de guerre.