Publié le 23 décembre 2025 à 20:21:00. Après 33 ans d’incarcération pour des meurtres qu’il a toujours niés, Daniel Jolivet a retrouvé la liberté ce week-end, en attendant une enquête fédérale sur une possible erreur judiciaire.
- Daniel Jolivet, 68 ans, a été libéré sous caution après avoir passé plus de trois décennies en prison.
- Il a toujours clamé son innocence dans l’affaire des quatre meurtres commis à Brossard en 1992.
- Une enquête fédérale est en cours pour déterminer si une erreur judiciaire a été commise.
Daniel Jolivet a goûté à nouveau à la liberté ce week-end, après 33 années passées derrière les barreaux. « C’est merveilleux », a-t-il confié à l’émission Tout un matin de Radio-Canada lundi, à Montréal. « C’est un retour à la vie. »
Le week-end a été pour lui une période de redécouverte. Il a exprimé sa joie de pouvoir observer le monde qui l’entoure et de constater les changements survenus au cours de ses années d’emprisonnement. « Je redécouvre la joie de vivre, la ville, les choses nouvelles, tout ce qui n’existait pas avant, tout ce qui s’est développé depuis 33 ans », a-t-il déclaré.
Daniel Jolivet avait été reconnu coupable en 1994 de deux chefs de meurtre au premier degré et de deux chefs de meurtre au deuxième degré, liés à la mort par balle de deux hommes et de deux femmes survenue à Brossard, au Québec, en novembre 1992. Il a toujours maintenu son innocence.
Sa libération intervient après qu’il a été libéré sous caution, dans l’attente des conclusions d’un examen fédéral visant à déterminer s’il a été victime d’une erreur judiciaire. Son avocat, Nicholas St-Jacques, a souligné que personne n’est à l’abri d’une condamnation injustifiée et que l’affaire Jolivet en est un rappel poignant.
« Une affaire pénale est une chaîne de décisions et d’interventions humaines. Cela commence avec un témoin, puis la police, les procureurs de la Couronne, les avocats de la défense et enfin un juge qui prend une décision à la fin. À chaque étape, il existe une possibilité de condamnation injustifiée. »
Nicholas St-Jacques, avocat de Daniel Jolivet
Maître St-Jacques, qui travaille sur ce dossier depuis 17 ans, a qualifié la libération de son client de « victoire pour la justice » et a salué la ténacité de M. Jolivet face à l’adversité.
Daniel Jolivet attribue sa force de caractère à l’éducation que lui a donnée sa mère. « Cela a été long », a-t-il admis, évoquant les décennies passées en prison, mais il a affirmé que sa détermination à prouver son innocence l’a maintenu motivé.
« J’ai constamment cherché à obtenir des preuves documentées », a-t-il expliqué, précisant qu’il avait appris à déposer des demandes d’accès à l’information et à insister pour obtenir des réponses. « Quand un endroit ne fonctionnait pas, j’allais dans un autre endroit et je refusais qu’on me dise non. »

M. Jolivet a également rendu hommage au soutien indéfectible de son équipe juridique et de l’organisme Projet Innocence Québec, cofondé en 2002 par son ancienne avocate, Lida Sara Nouraie, aujourd’hui juge à la Cour du Québec.
Il a également adopté une stratégie d’adaptation en se concentrant sur le présent. « Chaque jour apporte son lot de problèmes », a-t-il affirmé.
Cette attitude lui sera probablement utile, car son parcours judiciaire est loin d’être terminé. Le ministre fédéral de la Justice examine actuellement le dossier et soumettra un rapport sur lequel les parties pourront commenter, a précisé Maître St-Jacques.
Le ministre décidera ensuite s’il ordonne un nouveau procès ou renvoie le dossier à la Cour d’appel, un processus qui pourrait durer un an, voire plusieurs années, selon l’avocat.
En attendant, Daniel Jolivet peut profiter de sa liberté, a déclaré Maître St-Jacques, tout en soulignant qu’il est encore trop tôt pour envisager une demande de réparation pour son client. Il faudra d’abord qu’il soit reconnu victime d’une erreur judiciaire et qu’il soit acquitté.
Daniel Jolivet a exprimé son impatience de retrouver ses proches et de mener une vie paisible. « Ce n’est même pas une infraction », a-t-il déclaré.
Il envisage également de s’occuper de quelques formalités, comme obtenir un nouveau permis de conduire et demander sa pension de vieillesse. « C’est drôle à dire, mais j’en suis arrivé là. J’ai plus de 68 ans maintenant, même si ça ne se voit pas », a-t-il plaisanté.
Il a également mentionné son besoin de soins dentaires et d’un examen de la vue. « Tant de choses », a-t-il conclu. « Tant de choses. »
Sur le même sujet
