Home AffairesAprès son retour sur le marché des eurobonds, le Congo prépare un échange « dette contre nature »

Après son retour sur le marché des eurobonds, le Congo prépare un échange « dette contre nature »

by Amélie Bernard

Publié le 7 novembre 2025. Le Congo s’engage dans une voie innovante pour alléger sa dette extérieure : un échange dette contre nature, qui pourrait à la fois réduire son fardeau financier et financer la protection de sa biodiversité exceptionnelle.

  • Le Congo négocie avec des partenaires européens un mécanisme de « debt-for-nature swap ».
  • La dette extérieure du pays s’élève à environ 5 milliards de dollars (fin 2024), malgré une récente levée de fonds de 670 millions de dollars.
  • L’opération vise à convertir une partie de la dette en financements pour la conservation des forêts du bassin du Congo.

La République du Congo explore activement un « debt-for-nature swap » (échange dette contre nature), une stratégie financière qui lui permettrait de réduire sa dette tout en mobilisant des fonds pour la préservation de l’environnement. Cette initiative intervient après une première émission d’euro-obligations réussie, qui a permis de lever 670 millions de dollars sur les marchés internationaux, une première en près de vingt ans.

Le ministre des Finances, Christian Yoka, a confirmé mercredi 5 novembre 2025, en marge de la COP30 à Belém (Brésil), que des discussions sont en cours avec plusieurs partenaires européens pour structurer cette opération.

« Nous discutons avec des partenaires susceptibles d’apporter des rehaussements de crédit, mais le montant potentiel de l’échange n’est pas encore déterminé »

Christian Yoka, ministre des Finances

La dette extérieure du Congo, estimée à 5 milliards de dollars à la fin de l’année 2024, reste un défi majeur, bien qu’elle soit en diminution grâce à plusieurs restructurations. Le Fonds monétaire international (FMI) considère cette dette comme soutenable, mais en situation de détresse, avec des arriérés persistants envers certains créanciers bilatéraux et commerciaux. Plus des trois quarts de la dette sont détenus par des créanciers bilatéraux, notamment la Chine et les membres du Club de Paris, tandis qu’environ 16 % sont détenus par le secteur privé.

Les autorités congolaises espèrent que ce mécanisme innovant contribuera à alléger la pression sur le remboursement de la dette, tout en renforçant la confiance des investisseurs internationaux dans la discipline budgétaire du pays. L’idée n’est pas de contracter de nouveaux emprunts, mais de renégocier ou de racheter une partie de la dette existante à un prix réduit, en échange d’engagements concrets en faveur de la protection des forêts du bassin du Congo.

Cette approche permettrait au Congo de réduire sa charge d’endettement et de réaffecter les économies réalisées à des projets de conservation et de lutte contre le changement climatique, à l’instar du Gabon qui a mis en place un « Blue Bond » (obligation bleue) de 500 millions de dollars en 2023.

Selon le ministre Yoka, ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large visant à rendre la dette congolaise plus viable et à mobiliser des financements climatiques pour soutenir les priorités nationales. Le bassin du Congo, deuxième plus grande forêt tropicale mondiale après l’Amazonie, représente un atout majeur. Il abrite une biodiversité exceptionnelle et stocke environ 8 % du carbone mondial, ce qui en fait un acteur clé dans la lutte contre le réchauffement climatique.

En s’engageant dans un « debt-for-nature swap », Brazzaville espère attirer des investisseurs intéressés par la finance durable et valoriser son capital écologique. Les fonds générés par cette conversion pourraient être consacrés à des programmes de reboisement, de surveillance forestière, de gestion durable des ressources naturelles ou à la création d’emplois verts dans les zones rurales.

« Un échange dette-contre-nature résonne particulièrement pour notre pays, compte tenu du rôle stratégique du bassin du Congo »

Christian Yoka, ministre des Finances

Ce type de montage financier a déjà été expérimenté avec succès dans d’autres pays, comme les Seychelles, le Belize et le Gabon, qui ont réussi à réduire leur dette extérieure tout en mobilisant des financements environnementaux à long terme. Aucun calendrier précis n’a encore été annoncé, mais les discussions devraient se poursuivre dans les prochaines semaines, alors que de nombreux États africains cherchent à transformer leurs actifs naturels en leviers financiers.

Fiacre E. Kakpo

Edité par M.F. Vahid Codjia

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