Home AffairesAu gré de Petro, Ecopetrol vendrait Permiam, l’actif le plus rentable, et perdrait 30% de sa valeur

Au gré de Petro, Ecopetrol vendrait Permiam, l’actif le plus rentable, et perdrait 30% de sa valeur

by Amélie Bernard

Publié le 2024-10-26 10:30:00. La possible cession par Ecopetrol de ses actifs dans le Permien, aux États-Unis, suscite de vives inquiétudes en Colombie, où l’on craint un affaiblissement financier et stratégique de la compagnie pétrolière nationale.

  • La vente pourrait entraîner une baisse de 30 % de la valeur des actions d’Ecopetrol.
  • Le Permien représente actuellement 15 % de la production totale du groupe et génère une rentabilité significativement plus élevée que les opérations en Colombie.
  • Syndicats et experts dénoncent une décision préjudiciable pour les finances publiques et la stabilité énergétique du pays.

Une opération de cession des parts d’Ecopetrol dans le bassin permien, aux États-Unis, est actuellement à l’étude, selon des sources proches du dossier. Cette initiative, portée par le président Gustavo Petro, pourrait avoir des conséquences importantes pour l’avenir de la compagnie colombienne et de ses finances.

Le Permien est aujourd’hui l’actif le plus rentable du portefeuille d’hydrocarbures d’Ecopetrol. S’en séparer constituerait un coup dur, tant sur le plan financier que stratégique. Les coûts de transport y sont compris entre 5 et 6 dollars le baril, comparativement à 12 à 14 dollars en Colombie, ce qui témoigne de l’efficacité opérationnelle et de la compétitivité du bassin texan.

Au premier semestre 2024, Ecopetrol produisait en moyenne 750 000 barils par jour, une part importante provenant des États-Unis. Le Permien, exploité en partenariat avec Occidental Petroleum (WeAreOxy), a affiché une croissance de 15,8 % par rapport à l’année précédente et contribue déjà à 15 % de la production totale du groupe. Selon le professeur et chercheur Sergio Cabrales, la production totale du groupe Ecopetrol a diminué de 0,5 % au deuxième trimestre par rapport à la même période de 2023, principalement en raison de la baisse de la production de gaz naturel, passée de 121,3 à 103,9 mille barils équivalent par jour. Le Permien a été l’exception, passant de 98,2 à 115,5 mille barils, tirée par le pétrole brut et le gaz.

La sortie du Permien réduirait la production totale d’Ecopetrol de 15 %, en supprimant ces 115 000 barils équivalents par jour. Selon les estimations, la vente à rabais de cet actif, évalué à 5,5 milliards de dollars, pourrait entraîner une baisse de 30 % du cours de l’action.

En termes financiers, les chiffres sont éloquents. La marge d’EBITDA (bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement) du Permien atteint 76 %, contre une moyenne de 35 % à 40 % pour les opérations en Colombie. De plus, il représente 14 % de l’EBITDA total du segment amont (exploration et production), ce qui en fait un pilier de la rentabilité de l’entreprise.

Si la vente est conclue, Ecopetrol perdrait près de 189 millions de barils équivalent, soit 10 % de ses réserves totales, ce qui affecterait sa stabilité future et sa capacité à générer des liquidités et à investir. En d’autres termes, l’une des principales sources de financement de l’État colombien, qui perçoit des dividendes, des impôts et des redevances de la compagnie pétrolière, serait menacée.

La capitalisation boursière actuelle d’Ecopetrol s’élève à 18,47 milliards de dollars, avec un prix de 1 725 pesos par action, soit 8,98 dollars pour 20 actions (ADR). Une baisse de 30 % équivaudrait à effacer plus de 5 milliards de dollars de valeur marchande.

L’ancien ministre des Finances et recteur de l’Université EAN, José Manuel Restrepo, n’a pas hésité à qualifier cette décision de « mauvaise ».

« Quelle que soit la manière dont on l’examine, la vente par Ecopetrol de ses actifs dans le Permien est une mauvaise décision. Elle représente 15 % de la production et génère des bénéfices croissants. La vendre, sans savoir clairement dans quoi investir cet argent, ne semble pas être une décision stratégique ou tactique sensée. »

José Manuel Restrepo, ancien ministre des Finances et recteur de l’Université EAN

Il prévient qu’une vente avec perte de valeur affecterait la Nation et les actionnaires minoritaires, qui pourraient même engager des poursuites judiciaires.

« Quel est le devoir fiduciaire des membres du conseil d’administration ? »

José Manuel Restrepo, ancien ministre des Finances et recteur de l’Université EAN

Dans la même veine, le Syndicat des travailleurs (USO), syndicat pétrolier, a exprimé sa vive opposition.

« Si l’intention du président Gustavo Petro de vendre sa participation dans le Permien était avérée, il commettrait une grave erreur. L’entreprise la plus importante des Colombiens serait menacée. »

Syndicat des travailleurs (USO)

Le syndicat rappelle que dans ce bassin, le coût du transport est de 5 à 6 dollars par baril, contre 12 à 14 dollars en Colombie, et qu’une vente signifierait perdre 10 % des réserves et 14 % de l’EBITDA du segment amont. Il met également en garde contre un risque possible de faillite de l’une des principales sources de financement du pays.

L’USO a également souligné que le gouvernement Petro a reçu plus de 130 milliards de dollars d’Ecopetrol, générés principalement par le pétrole et le gaz.

« Si cette décision se concrétise, il n’y aura pas d’autre voie que la mobilisation et la protestation contre les mesures qui flétrissent l’entreprise. »

Syndicat des travailleurs (USO)

Face à ces réactions, le ministre des Mines et de l’Énergie, Edwin Palma Egea, a appelé à la prudence et au respect des décisions des entreprises.

« Les entreprises investissent et désinvestissent en fonction de leurs valorisations internes. Cela se produit quotidiennement partout dans le monde, y compris dans les compagnies pétrolières. Le monde change, le monde de l’énergie aussi. Toute annonce ici est faite pour ressembler à une apocalypse économique. »

Edwin Palma Egea, ministre des Mines et de l’Énergie

Palma suggère que, si l’opération aboutit, Ecopetrol pourrait réinvestir ces ressources dans de nouveaux secteurs énergétiques, conformément à la transition promue par le gouvernement.

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