Publié le 19 janvier 2024 00:31:00. Loin des tensions actuelles, les relations entre l’Iran et Israël possèdent une histoire millénaire, marquée par des périodes de coexistence et de coopération. L’historien Fabrice d’Almeida rappelle que cette profondeur historique est trop souvent ignorée dans les débats contemporains.
- Avant l’avènement de l’islam, une communauté juive importante s’est établie en Perse après la captivité de Babylone au VIe siècle avant notre ère.
- Jusqu’à la révolution de 1979, les Juifs d’Iran ont connu une existence globalement stable, voire prospère, notamment sous les dynasties pahlavies.
- Sous le Shah, l’Iran a entretenu des relations pragmatiques, voire coopératives, avec Israël dans les domaines militaire et du renseignement.
L’histoire des relations entre l’Iran et le peuple juif remonte à plus de 2 600 ans, bien avant la fondation de l’Empire perse. Dès le VIe siècle avant notre ère, après la destruction du premier Temple de Jérusalem et la déportation des Juifs à Babylone, une partie de cette population exilée trouva refuge et s’implanta durablement en Perse. C’est ainsi qu’est née l’une des plus anciennes communautés juives de la diaspora, prospérant au fil des siècles et des empires successifs.
Cette présence juive en Iran a traversé les époques, les changements de pouvoir et les conquêtes religieuses. Jusqu’à la révolution islamique de 1979, la situation des Juifs d’Iran est restée globalement stable, avec des périodes de floraison économique et culturelle. Sous la dynastie des Pahlavi, et plus particulièrement sous Reza Shah puis Mohammad Reza Shah, leur qualité de vie s’est significativement améliorée. Durant la Seconde Guerre mondiale, l’Iran a joué un rôle essentiel en accueillant et en sauvant des Juifs européens fuyant le nazisme.
Sur le plan diplomatique, l’Iran du Shah adoptait une approche pragmatique vis-à-vis d’Israël. Bien qu’il n’ait pas immédiatement reconnu l’État hébreu en 1948, par souci de ne pas froisser les États sunnites de la région, des relations concrètes se sont rapidement développées. Dès les années 1950, une coopération étroite s’est mise en place dans les domaines militaire, sécuritaire et du renseignement, dans le cadre d’un alignement stratégique de Téhéran sur les États-Unis.
La révolution de 1979 a marqué une rupture brutale. L’arrivée de l’ayatollah Khomeini a entraîné non seulement un changement de régime, mais une transformation idéologique profonde. Khomeini a érigé Israël et le peuple juif en « ennemi absolu », non pas uniquement dans le contexte du conflit israélo-palestinien, mais surtout comme un instrument de mobilisation du monde musulman. En désignant Israël comme l’adversaire central, le nouveau régime cherchait à transcender les divisions entre sunnites et chiites et à fédérer l’islam autour d’une cause commune.
Selon Fabrice d’Almeida, cette hostilité idéologique est devenue l’un des piliers fondateurs de la République islamique, rompant ainsi avec des siècles de coexistence et plusieurs décennies de pragmatisme stratégique.
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