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Technologie et science

Bana Jabri : première femme à diriger l’Institut Imagine et lutter contre les maladies génétiques

La professeure Bana Jabri a pris la direction de l'Institut Imagine fin 2024, devenant la première femme à diriger l'établissement depuis sa création en 2007. Cette immunologiste ambitionne de réduire l'errance diagnostique pour les millions de patients atteints…

Le profil et les ambitions de la professeure Bana Jabri
La professeure Bana Jabri a pris la direction de l’Institut Imagine fin 2024, devenant la première femme à diriger l’établissement depuis sa création en 2007. Cette immunologiste ambitionne de réduire l’errance diagnostique pour les millions de patients atteints de maladies génétiques rares en Europe, tout en dénonçant la captation de la valeur scientifique par des acteurs privés.

Le profil et les ambitions de la professeure Bana Jabri

Le profil et les ambitions de la professeure Bana Jabri

L’arrivée de Bana Jabri à la tête de l’Institut Imagine marque un tournant institutionnel. Franco-syrienne et arménienne, cette pédiatre et immunologiste a bâti sa carrière entre l’Hôpital Necker-Enfants malades à Paris et l’Université de Chicago, où elle a dirigé des centres spécialisés en immunologie humaine et maladies digestives. Selon Le Réseau Carnot, elle succède au professeur Stanislas Lyonnet après la fin de son mandat le 31 décembre 2024.

Sa stratégie repose sur quatre piliers majeurs pour moderniser l’institut :

  • L’intensification des collaborations internationales et inter-instituts.
  • La promotion de la jeunesse et de la diversité pour attirer des talents mondiaux.
  • L’intégration des enjeux éthiques, du diagnostic prénatal au développement des thérapies géniques.
  • Un changement de paradigme scientifique privilégiant une approche physiologique globale, car les maladies génétiques impactent l’organisme entier et non un organe isolé.
  • Pour la nouvelle directrice, la génétique ne doit plus être vue comme une discipline isolée, mais comme une interface essentielle entre toutes les spécialités médicales.

    L’urgence du diagnostic et le défi du génome non codant

    L'urgence du diagnostic et le défi du génome non codant
    Photo: lereseaudescarnot.fr

    Le cœur du combat de l’Institut Imagine reste la lutte contre l’errance diagnostique. Pour les familles, l’absence de nom pour une pathologie se traduit par un isolement et une angoisse profonde. Le constat chiffré est sévère : près de 60 % des personnes vivant avec des maladies génétiques rares n’ont toujours pas de diagnostic, et environ 85 % ne bénéficient d’aucun traitement thérapeutique ciblé.

    Comme l’indique l’Institut Imagine, l’enjeu actuel est de briser un plafond de verre scientifique. L’objectif est désormais d’identifier les causes de ces maladies dans le génome non codant, une zone complexe de l’ADN qui pourrait ouvrir la voie à de nouvelles thérapies pour ceux que la médecine actuelle laisse sans réponse.

    L’établissement ne voit pas le diagnostic comme une simple formalité administrative, mais comme le point de départ indispensable à toute reconstruction familiale et à l’espoir d’un traitement.

    Le paradoxe financier : quand l’Europe découvre et les États-Unis monétisent

    Presentation of the Imagine Institute by Professor Bana Jabri, Director General

    L’excellence scientifique européenne se heurte à un mur économique. Bana Jabri pointe une faille systémique : l’Europe produit les découvertes, mais laisse trop souvent d’autres acteurs en capter la valeur financière. Ce phénomène crée un décalage brutal entre la recherche publique et l’accessibilité des soins.

    L’exemple de l’amyotrophie spinale est emblématique de ce dysfonctionnement. Le gène responsable de cette maladie a été découvert à Necker par des chercheurs de l’Institut Imagine. Pourtant, la thérapie génique qui en a découlé a été développée par une biotech américaine, puis rachetée par Novartis. Aujourd’hui, ce traitement est commercialisé aux alentours de deux millions de dollars par patient, selon La Tribune.

    Cette situation révèle une fragilité du financement en France. Avec des ressources consolidées s’établissant à 103 millions d’euros, l’IHU Imagine dispose d’infrastructures solides, mais le capital-risque reste insuffisant pour accompagner l’innovation biomédicale sur le long terme. Le marché européen, fragmenté, peine à mobiliser des financements d’envergure, poussant les innovations vers des marchés plus agressifs.

    L’impact des maladies rares sur la médecine globale

    L'impact des maladies rares sur la médecine globale
    Photo: latribune.fr

    Investir dans les maladies rares n’est pas une niche philanthropique, mais un levier pour l’ensemble de la médecine. L’approche prônée par Bana Jabri consiste à sortir d’une vision maladie par maladie pour adopter une vision décloisonnée.

    L’étude des mutations génétiques chez les enfants permet en effet de mieux comprendre des pathologies beaucoup plus fréquentes. Les enseignements tirés des maladies rares éclairent notamment la recherche sur :

  • La maladie de Parkinson.
  • Le diabète.
  • Les maladies inflammatoires de l’intestin.
  • L’enjeu est donc double. D’un côté, il s’agit de répondre à l’urgence pour les 3 millions de personnes concernées en France et les 30 millions en Europe. De l’autre, il s’agit de transformer ces découvertes en solutions économiquement soutenables, afin que l’innovation ne soit plus synonyme de prix prohibitifs, mais de progrès accessible.

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    À propos de l’auteur: Thomas Caron

    Thomas Caron couvre les technologies, les sciences, l’intelligence artificielle et l’innovation. Il explique les nouveautés sans jargon inutile et distingue les annonces spectaculaires des avancées réellement établies.