Home DivertissementBarracuda, grouper, tuna – and seaweed: Madagascar’s fishers forced to find new ways to survive | Madagascar

Barracuda, grouper, tuna – and seaweed: Madagascar’s fishers forced to find new ways to survive | Madagascar

by Antoine Girard

Madagascar – Le peuple Vezo, gardien ancestral du canal du Mozambique, voit son mode de vie millénaire menacé par le réchauffement climatique et la surpêche industrielle. Entre traditions et adaptation, ces pêcheurs semi-nomades luttent pour préserver leur culture et leur subsistance face à une mer en mutation.

Dans les villages côtiers autour de Toliara, au sud de Madagascar, vivent des dizaines de milliers de Vezo. Depuis des siècles, ils mettent quotidiennement à la mer dans leurs pirogues – embarcations creusées dans un seul tronc d’arbre – pour pêcher le thon, la vivane et le mérou. « Nous dépendons uniquement de l’océan », témoigne Soa Nomeny, une habitante de l’île de Nosy Ve, au large de la côte sud-ouest. « Ce que nous pêchons aujourd’hui, nous le mangeons aujourd’hui. Si nous ne pêchons rien, nous ne mangeons pas. »

Cette dépendance devient de plus en plus précaire, notamment pour les 600 habitants de Nosy Ve. Michel “Goff” Strogoff, ancien chasseur de requins reconverti en défenseur de l’environnement originaire du hameau de Andavadoaka, constate un effondrement des populations de poissons depuis les années 1990, avec une accélération de la baisse au cours de la dernière décennie. L’augmentation de la température de l’eau, le blanchissement des coraux et la dégradation des récifs ont détruit les zones de reproduction, tandis que les aléas climatiques liés au réchauffement ont raccourci les saisons de pêche. « Il n’y a plus d’abondance près des côtes », explique-t-il. « Nous sommes obligés de ramer plus loin. »

Face à la raréfaction des ressources halieutiques, de nouvelles activités émergent. Le village d’Ambatomilo, surnommé le « village des algues », a ainsi fait de la culture d’algues une source de revenus complémentaire. « Nous dépendons toujours du poisson pour nos besoins quotidiens, mais les algues nous aident à planifier », explique Olive, une cultivatrice locale. La récolte, vendue à des coopératives, rapporte environ 1 500 ariary (25 pence sterling) par kilo, et peut atteindre une tonne par mois selon les saisons, offrant ainsi un revenu significatif pour les familles.

La culture des algues, désormais l’une des industries côtières à la croissance la plus rapide de Madagascar, est exportée principalement pour la production de carraghénanes – un agent gélifiant utilisé dans l’alimentation, la cosmétique et la pharmacie – mais sert également localement d’engrais et d’aliment pour le bétail. Des études environnementales ont également démontré que les fermes d’algues contribuent à stabiliser les côtes en réduisant l’énergie des vagues et en absorbant le dioxyde de carbone, participant ainsi à la lutte contre l’érosion et à la séquestration du carbone.

Parallèlement, les pêcheurs traditionnels dénoncent la concurrence déloyale des chalutiers industriels – malgaches et étrangers – qui s’aventurent illégalement dans les eaux côtières, malgré l’interdiction nationale de s’approcher à moins de deux milles nautiques (3,7 kilomètres) de la côte. Le manque de contrôle rend ces infractions fréquentes, réduisant les revenus des petits pêcheurs.

L’organisation environnementale Blue Ventures, présente dans la région depuis deux décennies, a constaté une diminution de plus de 50 % de la biomasse de poissons récifaux au sud-ouest de Madagascar depuis les années 1990. L’organisation soutient la création d’aires marines gérées localement (AMGL) qui permettent aux communautés de définir leurs propres règles de pêche, de restaurer les récifs et de trouver des moyens alternatifs de subsistance, comme la mise en place de fermetures temporaires permettant la reconstitution des stocks de poulpes.

Malgré ces défis, l’esprit d’adaptation des Vezo reste vif. Certains continuent d’entreprendre de longues migrations de pêche pendant la saison sèche, campant sur des bancs de sable et des îlots inhabités à la recherche de poissons. « Les migrations prolongées sont toujours une option », assure Hosoanay Natana. « Notre décision d’entreprendre ou non ces voyages dépend des stocks de poissons à proximité. » Certains se rendent même jusqu’aux Seychelles, témoignant de l’esprit nomade qui caractérise ce peuple.

La culture traditionnelle demeure au cœur de la vie communautaire. Sur Nosy Ve, les familles se rassemblent pour des rituels annuels de bénédiction, invoquant la protection et la prospérité. Lors de ces cérémonies, les anciens invoquent les esprits ancestraux lors d’un rite de possession Tromba, tandis que les villageois sacrifient un chèvre ou font d’autres offrandes pour assurer la sécurité en mer. La vie sur l’île est marquée par la simplicité : maisons construites en coquillages et en feuilles de palmier, nuits éclairées par des torches, repas à base de riz, de haricots et de poisson grillé.

Le peuple Vezo continue de dépendre de l’océan qui l’a façonné, mais chaque année, la distance à parcourir pour pêcher s’allonge et les risques augmentent. L’avenir de cette culture maritime ancestrale est incertain, reflet d’un défi plus large auquel sont confrontées les communautés côtières d’Afrique : comment survivre lorsque la mer qui les nourrit change si rapidement.

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