Publié le 2024-02-27. Les relations entre l’Allemagne et la Pologne, déjà fragiles, traversent une nouvelle crise, malgré des déclarations d’intention positives lors d’une rencontre au sommet à Berlin. Un sondage récent révèle une défiance croissante des Polonais envers l’Allemagne, alimentée par des questions historiques et des tensions actuelles.
- Seulement un tiers des Polonais se disent favorables à l’Allemagne, un niveau historiquement bas.
- Les demandes de réparations de guerre de la Pologne, estimées à 1 500 milliards d’euros, continuent de diviser les deux pays.
- L’Allemagne et la Pologne envisagent un renforcement de leur coopération en matière de défense, mais les obstacles politiques demeurent importants.
Lundi, le Premier ministre polonais Donald Tusk s’est entretenu avec le chancelier allemand Friedrich Merz à Berlin, lors de la 17e session de consultations intergouvernementales depuis 1991. Les deux parties ont réaffirmé leur engagement en faveur d’une coopération accrue et d’un avenir bilatéral positif. Cependant, ces promesses contrastent fortement avec le climat de méfiance qui règne actuellement entre les deux pays.
Un récent sondage révèle une détérioration significative de l’opinion publique polonaise à l’égard de l’Allemagne. Seulement 33 % des Polonais expriment de la sympathie envers les Allemands, contre 50 % il y a à peine trois ans. Parallèlement, 25 % des Polonais affichent une aversion active envers l’Allemagne, en hausse de 10 points en dix ans.
Bastian Sendhardt, co-auteur de l’étude, attribue cette opinion négative au « ton critique et hostile » adopté par l’ancien parti au pouvoir, Droit et Justice (PiS), amplifié par les médias conservateurs. Il souligne également que le gouvernement actuel de Donald Tusk a parfois eu recours à une rhétorique similaire.
« Il faut admettre que le gouvernement actuel de Donald Tusk a également adopté ce genre de rhétorique à l’occasion. »
Bastian Sendhardt, co-auteur de l’enquête
Du côté allemand, 42 % des personnes interrogées ont une image positive de la Pologne, tandis que les opinions négatives restent relativement stables, à 9 %.
La sociologue polonaise Karolina Wigura estime que ces perceptions sont en partie dues à un manque de connaissance mutuelle.
« Les Allemands ne voient pas la Pologne. Il suffit d’aller dans n’importe quel musée historique pour constater que les Allemands voient la France mais pas la Pologne. »
Karolina Wigura, sociologue polonaise
L’ombre du passé continue de planer sur les relations germano-polonaises, notamment en raison des demandes de réparations de guerre formulées par la Pologne. Le président de l’institut national de la mémoire polonaise, Karol Nawrocki, insiste pour obtenir une indemnisation de 1 500 milliards d’euros pour les pertes subies pendant la Seconde Guerre mondiale, une demande que l’Allemagne considère comme juridiquement infondée.
L’héritage de l’ancienne chancelière allemande Angela Merkel reste également une source de tension. Au-delà du gazoduc Nord Stream 2, qui contournait la Pologne et l’Ukraine, ses mémoires ont suscité l’indignation à Varsovie et dans les capitales baltes en suggérant qu’elle avait tenté, sans succès, de relancer des négociations avec Vladimir Poutine avant l’invasion de l’Ukraine, et que la Pologne et les États baltes auraient bloqué ses efforts.
Les contrôles aux frontières imposés par l’Allemagne pour limiter l’immigration irrégulière ont également irrité de nombreux Polonais qui se rendent en Allemagne pour travailler.
Malgré ces difficultés, un renforcement de la coopération en matière de défense pourrait être à l’horizon. Lors d’une conférence de presse commune, Friedrich Merz a annoncé que les ministres des deux pays allaient préparer un accord de collaboration en la matière, qui devrait être finalisé d’ici à 2025.
« Nous avons chargé nos ministres de préparer un accord sur la collaboration en matière de défense. »
Friedrich Merz, chancelier allemand
Janusz Reiter, ancien ambassadeur de Pologne à Berlin, souligne l’existence d’un cercle vicieux : un manque d’intérêt de la part de l’Allemagne, aggravé par une méconnaissance de la Pologne. Il estime qu’un vaste programme d’investissement dans les capacités militaires polonaises serait bénéfique pour les deux pays, et constituerait une manière pour l’Allemagne de prendre ses responsabilités face à son histoire.
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