Publié le 9 octobre 2024 14h15. L’Académie suédoise a décerné le prix Nobel de littérature à l’écrivain hongrois László Krasznahorkai, un choix salué comme un retour aux sources après des années d’exploration littéraire plus périphérique. Cette distinction intervient dans un contexte mondial marqué par des accords de paix fragiles et une montée des extrémismes, thèmes centraux dans l’œuvre de l’auteur.
- László Krasznahorkai est le lauréat du prix Nobel de littérature 2024.
- Son œuvre explore les thèmes de l’apocalypse, de la désintégration et de la critique des nationalismes autoritaires.
- L’annonce du prix coïncide avec la signature d’un accord de paix entre Israël et le Hamas et une avancée scientifique majeure dans la capture du dioxyde de carbone.
L’annonce du prix Nobel, baignée dans la lumière automnale qui inonde la Bourse de Stockholm, a été précédée par la signature d’un accord de paix entre Israël et le Hamas, un signe d’espoir fragile dans un monde en proie à de multiples crises. Même le secrétaire permanent de l’Académie, Mats Malm, semblait esquisser un léger sourire en entrant dans la salle de cérémonie.
Le choix de Krasznahorkai s’inscrit dans une tradition de l’Académie suédoise consistant à surprendre en confirmant les attentes, à l’instar des prix attribués à Imre Kertész (2002), Herta Müller (2009), Svetlana Aleksievitch (2015) et Jon Fosse (2023). L’auteur hongrois figurait parmi les favoris des parieurs et correspond à un profil d’écrivain que l’Académie a privilégié ces dernières années : ceux qui explorent la condition humaine et la place de l’individu dans un monde en mutation.
Ce prix marque également un retour géographique au cœur de l’Europe, après l’attribution de l’année dernière à un auteur sud-coréen. Certains observateurs y voient une alternance systématique entre les littératures centrales et périphériques, une formule qui, selon certains, ne correspondrait pas à la vision d’Alfred Nobel pour ce prix.
« Son univers littéraire est – tout comme notre propre monde – constamment sur le fil de l’apocalypse. »
Académie suédoise
László Krasznahorkai est reconnu pour une œuvre sombre et souvent dérangeante, qui dépeint un monde au bord du chaos. Son dernier roman, “Herscht 07769” (brillamment traduit en suédois par Daniel Gustafsson), explore les méandres de l’extrémisme de droite et du vandalisme dans une ville allemande, avec une noirceur et un sarcasme caractéristiques.
Mais au-delà de la qualité littéraire, ce prix revêt une signification politique particulière. La Hongrie, patrie de Krasznahorkai, est devenue un terrain fertile pour un type de cryptofascisme autoritaire qui gagne du terrain dans le monde. L’écrivain a régulièrement dénoncé les dérives de ce nationalisme exacerbé, soulignant dans ses romans la nature illusoire et destructrice des projets nationalistes. Il n’y a, selon lui, pas de passé glorieux auquel revenir, seulement des perdants.
L’Académie suédoise semble ainsi souligner l’importance de la littérature comme contre-pouvoir face à la montée des extrémismes. L’attribution du prix à Krasznahorkai coïncide avec d’autres événements marquants : la signature d’un accord de paix au Moyen-Orient et une découverte scientifique prometteuse dans la lutte contre le changement climatique, avec la possibilité de capturer le dioxyde de carbone et de transformer l’air sec du désert en eau. Un paradoxe révélateur de l’absurdité et des contradictions du monde contemporain, un monde que Krasznahorkai a su si bien dépeindre dans ses romans.
Comme l’a ironiquement souligné un observateur, il ne manque plus que l’attribution du prix Nobel de la Paix à Donald Trump pour compléter ce tableau surréaliste.
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