Home DivertissementJean Goupil, ancien photographe de La Presse , s’éteint

Jean Goupil, ancien photographe de La Presse , s’éteint

by Antoine Girard
L'œil du pouvoir et les traces de la tragédie

Jean Goupil, figure emblématique de la photographie journalistique au Québec, est décédé à l’âge de 83 ans. Ancien chef de la section photo de La Presse, il a documenté pendant 45 ans l’histoire politique, culturelle et sociale de la province, capturant des moments fondateurs de la mémoire collective québécoise.

Le parcours de Jean Goupil au sein de la salle de presse n’a pas été linéaire. Entré comme coursier, il a gravi les échelons en passant par la chambre noire avant de s’orienter vers des études formelles en photographie. Ce virage a nécessité une audace particulière : il a intégré un collège anglophone alors qu’il ne maîtrisait pas la langue. De retour chez son employeur, son ascension s’est poursuivie jusqu’à la direction de la section photo, poste qu’il a occupé de 1995 à 2005. Cette trajectoire, du courrier à la direction, témoigne d’une maîtrise technique et d’une intuition visuelle qui ont marqué deux décennies de gestion d’image pour l’un des plus grands quotidiens du Québec.

L’œil du pouvoir et les traces de la tragédie

L'œil du pouvoir et les traces de la tragédie
Le travail de Goupil se confond avec l’iconographie politique du Québec. Il est notamment l’auteur de l’image devenue célèbre de Robert Bourassa devant l’évacuateur de crues de LG2. Pour obtenir ce cliché, Goupil avait fait un choix narratif fort : il a convaincu que l’« escalier des géants » illustrerait mieux l’envergure du projet que l’intérieur du barrage. Cette photo, réalisée en 1979, demeure un témoignage visuel majeur de l’époque des grands chantiers hydroélectriques. Son objectif a également suivi les figures de proue du nationalisme, dont René Lévesque lors de la campagne électorale de 1976. Mais au-delà du pouvoir, Goupil a su saisir la douleur et le chaos. Le soir du Nouvel An 1980, il a documenté les ruines de la salle communautaire d’Opémiska, à Chapais, après l’incendie qui a coûté la vie à 48 personnes. Selon des propos rapportés par Patrick Lagacé en 2011, Goupil considérait les images prises après ce drame comme l’une des plus grandes fiertés de sa carrière.

Chroniqueur des arts et du sport montréalais

RENCONTRE AVEC LE PHOTOGRAPHE DE PRESSE JEAN MAIRE PERIER
L’œuvre de Jean Goupil dépasse le cadre institutionnel pour embrasser la culture populaire et le spectacle. Son portfolio regroupe des portraits de géants de la scène artistique, allant de l’humoriste Yvon Deschamps et sa femme Judi Richards au chanteur Robert Charlebois, photographié en 1971. L’international s’est également invité dans son viseur, notamment lors du passage du crooner Frank Sinatra au Forum de Montréal, ou encore à travers des portraits de Diane Dufresne. Le sport, et particulièrement le hockey, a occupé une place centrale dans son travail. Il a capturé l’effervescence du Forum de Montréal en septembre 1972, lors du premier match de la Série du siècle opposant le Canada à l’URSS. Goupil a également su saisir l’intensité physique du jeu, immortalisant notamment l’intervention d’Ed Westfall lors d’une échauffourée entre Bobby Orr et Serge Savard. Cette capacité à naviguer entre le protocole politique, la fureur du sport et la sensibilité artistique a fait de lui un archiviste involontaire du quotidien montréalais. Ses clichés du boulevard Saint-Laurent en 1985 ou d’une salle d’arcade il y a 50 ans offrent aujourd’hui une valeur sociologique précieuse sur l’évolution urbaine de la métropole.

Un mentorat fondé sur la confiance

Au-delà de ses accomplissements techniques, Jean Goupil est décrit par ses anciens collègues comme un patron calme et bienveillant. Dans un milieu souvent marqué par la pression des délais et l’urgence de l’actualité, il s’est distingué par sa capacité à diriger sans jamais hausser le ton. Cette approche humaine a eu un impact direct sur la relève. Le photographe Martin Chamberland souligne que sa propre carrière a été transformée grâce à Goupil, qui lui a offert sa confiance alors qu’il n’était encore qu’un étudiant au début des années 1990. En laissant derrière lui 45 ans de archives visuelles, Jean Goupil ne laisse pas seulement des images, mais une méthode de travail basée sur l’observation patiente et le respect de ses équipes. Son héritage réside autant dans la composition de ses photos que dans la transmission de son savoir aux générations suivantes de photojournalistes.

Find more reporting in our Divertissement section.

Un mentorat fondé sur la confiance

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.