Publié le 17 octobre 2024 à 04:01:00. Bruxelles met en garde contre les mesures de contrôle des loyers mises en place par le gouvernement espagnol, tandis que l’émancipation des jeunes continue de stagner en Espagne, où l’âge moyen de sortie du foyer parental dépasse la moyenne européenne.
- La Commission européenne craint que le contrôle des loyers ne réduise l’offre de logements et n’aggrave la pénurie existante.
- Seulement 15,2% des jeunes Espagnols parviennent à quitter le foyer familial, un taux significativement inférieur à la moyenne européenne.
- Les prix des loyers ont augmenté de près de 50% dans certaines régions espagnoles depuis 2014, rendant l’indépendance financière plus difficile pour les jeunes.
La Commission européenne a exprimé ses réserves quant à la politique de contrôle des revenus locatifs promue par le gouvernement de Pedro Sánchez. Dans un document intitulé « Le logement dans l’Union européenne : évolutions du marché, facteurs sous-jacents et politiques », elle souligne que des interventions telles que le gel ou le plafonnement des loyers peuvent avoir des conséquences contre-productives. Selon la Commission, ces mesures peuvent décourager les propriétaires, fausser l’offre de logements et même créer des marchés parallèles, exacerbant ainsi la pénurie de logements, un problème déjà bien présent en Espagne.
La situation en Espagne est particulièrement préoccupante. Le pays affiche l’un des plus faibles taux de logements sociaux de l’OCDE (environ 1,1% du parc total). Parallèlement, les prix des loyers ont connu une forte augmentation ces dernières années, notamment à Madrid et dans les îles Baléares, avec une hausse de près de 50% depuis 2014, selon une analyse de la Recherche BBVA. Cette flambée des prix rend l’accès à un logement indépendant de plus en plus difficile pour les jeunes.
La loi sur le logement de 2023, initiée par le gouvernement Sánchez, autorise les communautés autonomes à limiter les prix des loyers dans les zones considérées comme « tendues ». Cependant, cette mesure est facultative et, à ce jour, seule la Catalogne l’a appliquée. Les résultats sont mitigés : une baisse moyenne de 5% des loyers dans les communes réglementées, mais aussi une diminution de 17% des nouveaux contrats de location à long terme. Cette dernière donnée pourrait indiquer un retrait de l’offre locative ou une transformation des contrats vers des formes plus précaires, échappant aux contrôles.
L’émancipation des jeunes espagnols est ainsi freinée. Plus de 46% des jeunes de 25 à 34 ans vivent encore chez leurs parents, un pourcentage bien supérieur à celui observé dans de nombreux autres pays européens. L’Observatoire de l’émancipation du Consell de la Joventut a révélé en 2024 que seulement 15,2% de la génération parvient à quitter le foyer familial. Les jeunes Espagnols quittent le domicile parental en moyenne à 30,3 ans, contre 26,4 ans pour la moyenne européenne.
Ce manque d’indépendance a des conséquences sur plusieurs aspects de la vie des jeunes, notamment sur leur mobilité professionnelle, leur capacité à fonder une famille et les inégalités générationnelles. Les aides actuelles, comme la subvention de 250 euros par mois accordée aux jeunes de moins de 35 ans à faibles revenus pour le paiement du loyer, pourraient même générer des pressions inflationnistes si elles ne sont pas accompagnées d’une augmentation significative de l’offre de logements.
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