Le roi Mohammed VI a gracié, ce samedi 23 mai 2026, les supporters sénégalais emprisonnés après les violences de la finale de la CAN 2025 à Rabat. Cette décision, motivée par des considérations humaines et les liens fraternels entre le Maroc et le Sénégal, intervient juste avant la célébration de l’Aïd al-Adha.
L’annonce a été officialisée par un communiqué du cabinet royal, transformant un dossier judiciaire et sportif explosif en un geste diplomatique. Le souverain a justifié cet acte en invoquant les “relations fraternelles séculaires qui lient le royaume du Maroc et la république du Sénégal”, tout en précisant que cette clémence s’inscrivait dans le cadre de l’Aïd, célébré mercredi au Maroc.
Comme le rapporte France 24, le roi a accordé sa grâce pour “des considérations humaines”, mettant fin à la détention de supporters accusés d’actes de violence contre les forces de l’ordre, de dégradation d’équipements sportifs, d’invasion de la pelouse et de jets de projectiles.
Le chaos de la finale du 18 janvier
cluster (priority): Afrik
Pour comprendre la portée de cette grâce, il faut revenir à la soirée du 18 janvier 2026. La finale de la 35ᵉ édition de la Coupe d’Afrique des Nations, organisée par le Maroc du 21 décembre 2025 au 18 janvier, s’est achevée dans une atmosphère électrique et chaotique.
Le Sénégal s’était imposé 1-0 sur le terrain. Cependant, le dénouement a basculé dans l’irrationnel : après un but refusé aux Sénégalais, un penalty a été accordé au Maroc dans le temps additionnel de la seconde période. Ce revirement a déclenché la fureur des supporters sénégalais, qui ont tenté d’envahir la pelouse et ont lancé des projectiles.
Le bilan a été lourd, non seulement en termes de sécurité mais aussi sur le plan disciplinaire. Selon Médias24, les supporters condamnés étaient poursuivis pour des infractions commises lors de cet événement. Parallèlement, la Confédération africaine de football (CAF) a frappé fort fin janvier en infligeant des amendes de plusieurs centaines de milliers d’euros aux fédérations des deux pays pour violations des principes de fair-play.
La bataille juridique : du terrain au Tribunal arbitral du sport
CAN-2025: les supporters du Maroc fêtent la qualification en quart de finale | AFP
Si la grâce royale règle le sort des prisonniers, elle ne résout pas le litige sportif qui empoisonne les relations entre Rabat et Dakar. Le dossier a pris une tournure surréaliste : alors que le Sénégal a gagné le match, la CAF a attribué le trophée au Maroc.
C’est ce qu’on appelle une victoire sur tapis vert. La CAF a estimé que le comportement de l’équipe sénégalaise tombait sous le coup des articles 82 et 84 de son règlement. L’article 82 concerne notamment le refus de jouer ou le fait de quitter le terrain avant la fin réglementaire, tandis que l’article 84 prévoit une défaite automatique sur le score de 3-0.
Le Sénégal refuse cette lecture. La fédération sénégalaise soutient que l’intégralité de l’équipe n’avait pas quitté la pelouse et conteste la légitimité de ce verdict.
Le conflit a désormais migré vers Lausanne. Comme l’indique Afrik, le Tribunal arbitral du sport (TAS) a enregistré l’appel du Sénégal le 25 mars 2026. L’objectif est clair : obtenir l’annulation de la décision de la CAF et être officiellement reconnu comme le vainqueur de la compétition. Une décision finale est attendue d’ici la fin de l’année 2026.
Le modèle marocain et l’ambition 2030
cluster (priority): Medias24
Pour Fouzi Lekjaa, président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), ce litige n’est qu’une parenthèse dans une stratégie beaucoup plus vaste. Dans un entretien accordé à Onze Mondial, Lekjaa a assumé la position marocaine, affirmant que le Maroc a suivi la procédure et que la décision de la CAF était basée sur des textes réglementaires.
Au-delà du trophée, Lekjaa utilise cette crise pour mettre en avant le “modèle marocain”. Le pays ne cherche plus seulement à gagner des matchs, mais à dominer l’écosystème du football africain et mondial via :
La construction d’infrastructures de pointe.
Une structuration rigoureuse des clubs et de la formation.
Une présence accrue dans les instances décisionnelles internationales.
Cette volonté de puissance sportive s’inscrit dans un calendrier précis. Le Maroc, après avoir accueilli la CAN 2025, se projette déjà vers la Coupe du monde 2030, qu’il coorganisera avec l’Espagne et le Portugal.
Le geste du roi Mohammed VI, en libérant les supporters sénégalais, apparaît donc comme un calcul diplomatique habile. En effaçant la trace humaine du conflit juste avant une fête religieuse majeure, Rabat assainit son image internationale. Le Maroc montre qu’il peut être à la fois un compétiteur féroce, prêt à aller jusqu’au bout des procédures juridiques devant le TAS, et un État clément, capable de privilégier la fraternité africaine.
L’enjeu est désormais double : attendre que le TAS tranche sur l’identité du champion de la CAN 2025, tout en s’assurant que les tensions ne viennent pas entraver la préparation du Mondial 2030.
Camille Renault couvre le sport français et international, avec une attention particulière au football, au rugby, au tennis et aux grands rendez-vous de compétition. Son écriture conjugue précision, rythme et sens du résultat.