Après avoir vaincu un cancer du sein agressif, Salma, une enseignante fribourgeoise de 34 ans, témoigne des défis souvent méconnus du retour à la vie active et à un quotidien normal. Son expérience souligne la nécessité d’un accompagnement plus complet pour les patientes, au-delà des traitements médicaux.
Remise d’un cancer du sein en décembre 2024, Salma a repris progressivement son travail à l’école primaire à partir du 30 mars dernier, après une année d’absence. Assise dans le salon familial à Villars-sur-Glâne, elle explique que le retour à l’emploi est une épreuve en soi, souvent plus difficile que les traitements.
« On parle beaucoup de la force qu’il faut durant les traitements, mais beaucoup moins de celle qu’il faut déployer pour reprendre son travail », confie-t-elle. Salma souligne le sentiment de solitude qui peut survenir après la fin du suivi médical rapproché. « J’ai ressenti un immense soulagement et, paradoxalement, un vide. Après tant de mois à être soutenue, l’absence de suivi rapproché laisse un sentiment de solitude. Je pleure d’ailleurs beaucoup plus maintenant que quand j’étais en plein traitement. »
Diagnostiquée le 4 avril dernier, Salma a dû faire face à un cancer triple négatif, une forme particulièrement agressive qui ne répond pas à certains médicaments. « C’est comme se prendre un tsunami », se souvient-elle. Elle a subi six mois de chimiothérapie et d’immunothérapie, suivis d’une opération et de radiothérapie. Une grave réaction aux traitements a même entraîné une paralysie faciale temporaire et un problème de coagulation, nécessitant une nouvelle hospitalisation.
Malgré ces épreuves, Salma n’a eu aucun reproche à formuler à l’égard de son employeur, l’État de Fribourg, ni de son entourage professionnel. Elle insiste cependant sur le fait que seules les personnes ayant vécu la même expérience peuvent comprendre l’énergie considérable que demandent les gestes les plus simples du quotidien. « Je ne reviens pas d’une grippe ! » ironise-t-elle.
Pour faciliter son retour à l’emploi, Salma a bénéficié d’une mesure de réinsertion de l’Office de l’assurance invalidité du canton de Fribourg, lui permettant de reprendre son travail à 20%, avec l’aide d’une remplaçante. Au début, elle se sentait dépassée. « Au bout de dix minutes, j’étais déjà grillée. J’avais l’impression que je n’y arriverais jamais et que je devrais changer de travail. C’était extrêmement frustrant. »
Progressivement, Salma a augmenté son taux d’activité. Elle travaille désormais à 40% et prévoit d’atteindre 50% après Noël, avec l’objectif de retrouver son 100% au 31 mars 2026. Elle a également pris des mesures pour préserver sa fertilité en faisant prélever et congeler ses ovocytes avant de commencer les traitements.
L’Hôpital de Fribourg (HFR) propose depuis peu un programme complet de réadaptation pour accompagner les femmes après un cancer du sein, comprenant de la physiothérapie, des cours de Pilates, des groupes de parole et des conseils nutritionnels. Malheureusement, Salma n’a pas pu en bénéficier en raison du calendrier. Elle a donc dû se constituer son propre réseau de soutien.
Selon l’HFR, une femme sur huit développe un cancer du sein au cours de sa vie, et environ 130 femmes en âge de travailler sont touchées chaque année dans le canton de Fribourg.
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