Publié le 28 octobre 2025 20h30. L’ancien PDG de Stellantis, Carlos Tavares, dresse un portrait sombre de l’avenir de l’industrie automobile européenne dans son nouveau livre, prédisant une possible désintégration du groupe et une prise de contrôle progressive par les constructeurs chinois.
- Carlos Tavares anticipe une possible séparation des opérations de Stellantis en France, en Italie et aux États-Unis.
- Il voit l’industrie automobile chinoise comme un potentiel « sauveur » des usines et des emplois européens, mais au prix de la disparition de certains constructeurs occidentaux.
- Son livre intervient après sa démission de Stellantis, marquée par des tensions liées aux transferts de production et aux choix stratégiques.
Dans un ouvrage publié ce jeudi en France, l’ancien dirigeant de Stellantis tire les conclusions d’un mandat agité par des défis internes et externes. Carlos Tavares met en garde contre un possible éclatement du groupe automobile, né en 2019 de la fusion de Fiat Chrysler et PSA Peugeot. Selon lui, la survie de Stellantis en tant qu’entité indépendante dépendra d’une gestion quotidienne rigoureuse et d’une capacité à naviguer entre les intérêts divergents de ses bases en Europe et en Amérique du Nord.
Tavares craint notamment que l’équilibre entre l’Italie, la France et les États-Unis ne soit compromis.
« Je crains que l’équilibre entre l’Italie, la France et les États-Unis ne se brise »
Carlos Tavares
Il souligne la complexité de gérer un empire de 14 marques – Alfa Romeo, Citroën, Jeep, Opel, Peugeot, Maserati, entre autres – dans un contexte de stagnation de la demande, d’agression croissante des constructeurs chinois et de tensions géopolitiques.
L’ancien PDG a quitté ses fonctions en décembre dernier, suite à des pertes de parts de marché en Europe et aux États-Unis. Cependant, son départ ne serait pas uniquement lié aux résultats financiers. Sa stratégie de réduction des coûts, impliquant des transferts de production vers des pays à bas coûts, a suscité l’opposition des syndicats et notamment du gouvernement italien, qui a même exigé un changement de nom pour un modèle Alfa Romeo (de Milan à Junior). Selon Bloomberg, cette focalisation sur les coûts aurait également entraîné des compromis sur la qualité, les prix et la gamme de produits.
Tavares réfute cependant les critiques concernant sa gestion et les événements qui ont conduit à son départ. Stellantis n’a pas souhaité commenter les affirmations contenues dans son livre.
L’ancien dirigeant exprime également son inquiétude quant à la défense des intérêts français au sein du groupe après son départ.
« Avec mon départ, je ne suis pas sûr que les intérêts français que j’ai toujours eu à cœur – croyez-le ou non – seront aussi bien défendus »
Carlos Tavares
Sous la direction d’Antonio Filosa, nommé en juin, Stellantis a récemment suspendu temporairement la production dans plusieurs usines européennes. Filosa a indiqué aux syndicats italiens que des réglementations européennes plus souples en matière de réduction des émissions seraient nécessaires pour relancer la production locale. Par ailleurs, face aux potentielles barrières douanières imposées par l’administration Trump aux États-Unis, il a annoncé un investissement de 13 milliards de dollars (11,145 millions d’euros) sur le sol américain, comme le rapporte Bloomberg.
La Chine, un sauveur inattendu
Ces décisions suscitent des inquiétudes en France et en Italie, d’autant plus que les nominations de Filosa proviennent majoritairement de l’ancienne Fiat Chrysler, avec une expérience significative en Amérique latine.
Cependant, Carlos Tavares estime que l’Europe pourrait trouver un allié inattendu dans les constructeurs automobiles chinois. Dans une interview accordée au Financial Times, il prédit une prise de contrôle progressive par ces derniers, qui pourraient ainsi sauver des usines et des emplois européens, tout en accélérant la disparition de certains constructeurs occidentaux.
Selon Tavares, dans les dix à quinze prochaines années, les constructeurs chinois investiront massivement en Europe, en acquérant des participations ou en rachetant des usines menacées de fermeture.
« De nombreuses fenêtres intéressantes s’ouvrent pour les Chinois. Le jour où un constructeur automobile occidental sera en grande difficulté, avec des usines sur le point de fermer et des manifestations dans les rues, un constructeur automobile chinois viendra et dira : ‘Je vais prendre ceci et garder les emplois’, et il sera considéré comme un sauveur. »
Carlos Tavares
Il anticipe un scénario où les constructeurs européens, confrontés à des réglementations strictes en matière d’émissions, à la guerre commerciale mondiale et aux mutations du marché de l’électrification, se retrouveront en position de faiblesse.
