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Ce que disent les dernières connaissances scientifiques

L’essor rapide de la thérapie assistée par les psychédéliques, entre promesses de guérison et risques mal encadrés, suscite de vives inquiétudes. Une nouvelle étude révèle de fortes disparités dans les pratiques des retraites proposant ces traitements, pointant un…

Ce que disent les dernières connaissances scientifiques

L’essor rapide de la thérapie assistée par les psychédéliques, entre promesses de guérison et risques mal encadrés, suscite de vives inquiétudes. Une nouvelle étude révèle de fortes disparités dans les pratiques des retraites proposant ces traitements, pointant un manque de sécurité et de transparence qui pourrait compromettre la crédibilité de ce domaine émergent.

L’étude, publiée dans le réseau JAMA Ouvert, s’est penchée sur 49 organisations annonçant des retraites psychédéliques auprès d’un public anglophone, principalement aux États-Unis. Les résultats mettent en lumière un protocole souvent improvisé et une variabilité considérable dans les substances proposées, allant de l’ayahuasca à la psilocybine, parfois combinées au sein d’un même programme. Cette accumulation de substances et de séances augmente les incertitudes physiologiques et psychiatriques, d’autant plus que la surveillance médicale est souvent minimale.

Le dépistage des participants, bien que systématiquement réalisé sur le papier, repose fréquemment sur l’auto-évaluation, une méthode jugée fragile par les auteurs de l’étude. Les personnes souffrant de dépression, de syndrome de stress post-traumatique ou de dépendance pourraient être tentées de minimiser leurs symptômes pour être acceptées, augmentant ainsi les risques potentiels. De plus, l’arrêt des médicaments, souvent exigé ou recommandé par ces organisations, est rarement supervisé par un professionnel de santé et peut entraîner des effets secondaires dangereux, tels que des rechutes ou une déstabilisation psychiatrique.

La présence médicale, bien que courante, n’est pas systématique et les qualifications du personnel restent parfois obscures. Si environ les deux tiers des organisations collaborent avec un professionnel de la santé ou une personne formée aux interventions d’urgence, leur présence n’est pas garantie en permanence. Cette situation laisse planer le spectre de complications graves, notamment pour les patients les plus vulnérables.

L’accompagnement post-séance, essentiel pour intégrer l’expérience psychédélique, est universellement proposé mais souvent informel, se limitant à des cercles de partage ou des discussions entre pairs. Or, dans le cadre des essais cliniques, la préparation et l’intégration sont considérées comme des étapes cruciales pour garantir la sécurité et atténuer les risques.

Les chiffres sont alarmants : entre 1994 et 2022, au moins 58 décès ont été recensés lors de retraites d’ayahuasca, imputables à diverses causes, allant de l’homicide au suicide, en passant par des problèmes cardiaques, la noyade ou la présence de substances toxiques. Des événements potentiellement évitables grâce à un dépistage rigoureux et à une surveillance médicale adéquate.

Par ailleurs, une revue publiée dans JAMA Psychiatrie souligne un décalage croissant entre les essais cliniques, menés dans des conditions strictement contrôlées, et la réalité de l’utilisation des psychédéliques. En dehors du cadre clinique, la consommation de ces substances est souvent associée à d’autres drogues, comme l’alcool ou le cannabis, et les signalements d’effets indésirables augmentent dans les centres antipoison et les services d’urgence.

La puissance des produits naturels, notamment des champignons hallucinogènes, est également très variable, avec des différences de concentration en psilocybine pouvant dépasser un facteur 20. Cette hétérogénéité rend difficile l’extrapolation des résultats des essais cliniques, qui utilisent généralement de la psilocybine synthétique standardisée.

Face à cette situation, les experts plaident pour un renforcement de la surveillance de la santé publique, avec la mise en place de systèmes de déclaration des effets indésirables, des tests de produits obligatoires et des stratégies de réduction des risques adaptées à chaque tranche d’âge. Il est également crucial de prendre en compte les effets psychologiques négatifs persistants, qui peuvent nécessiter une hospitalisation et une thérapie par électrochocs, même en dehors du cadre clinique.

« La leçon n’est pas que les psychédéliques soient intrinsèquement dangereux », souligne l’auteur de l’étude. « Le véritable risque réside dans une culture qui minimise les effets secondaires et décourage la recherche d’aide médicale. »

Pour une intégration responsable de ces traitements, il est impératif d’établir des normes de sécurité minimales, incluant un dépistage médical et psychiatrique vérifié, des plans d’intervention d’urgence documentés et un accès facile aux soins médicaux locaux. L’arrêt des médicaments doit être encadré par un professionnel de santé et adapté à chaque patient. Les cliniciens doivent également dialoguer ouvertement avec leurs patients sur leurs projets psychédéliques et être prêts à gérer les éventuelles conséquences.

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À propos de l’auteur: Sophie Martin

Sophie Martin suit les sujets de santé, de prévention, de recherche médicale et de politiques publiques. Ses articles rappellent les limites de l’information générale et encouragent la consultation de professionnels qualifiés.