Publié le 15 octobre 2025 18h05. Le peintre espagnol Cecilio Chaves expose à Gibraltar une série d’œuvres dédiées à Cadix, sa ville natale, explorant la lumière et l’architecture de la capitale andalouse à travers un regard singulier, salué par la critique.
- L’exposition, inaugurée mardi dernier à la Galerie des Beaux-Arts des Casemates de Gibraltar, présente une vision à 360 degrés de Cadix.
- L’œuvre de Chaves est profondément liée à la Torre Tavira, l’un des points de vue les plus emblématiques de la ville.
- L’écrivain Juan José Téllez souligne l’influence du cinéma sur la peinture de l’artiste.
L’artiste Cecilio Chaves (Cadix, 1972) a inauguré mardi dernier son exposition à la Galerie des Beaux-Arts, nichée dans les Casemates de Gibraltar. L’occasion de plonger au cœur du paysage de Cadix, à travers une interprétation artistique qui embrasse la lumière particulière de la ville, ses toits emblématiques et certains de ses monuments les plus reconnaissables, avec la Torre Tavira en filigrane.
L’inauguration a rassemblé une trentaine de personnes, parmi lesquelles des artistes, des collectionneurs et des spécialistes de l’art. L’exposition est sous la direction de Patrick Sacarello, qui avait découvert le travail de Chaves il y a plus de dix ans dans son atelier de Cadix. L’écrivain Juan José Téllez décrit ainsi l’œuvre de l’artiste :
« Cecilio Chaves garde un grand angle dans ses pinceaux. C’est l’année même où la société américaine Panavision invente le Panaflex, une caméra légère de 35 millimètres, qui facilite désormais le tournage : comme cela s’était produit vingt ans plus tôt lorsque cette même société devenait fournisseur des objectifs qui rendaient possible le cinémascope. Ces inquiétudes viennent du fait que ce peintre de Cadix pertinent serait incompréhensible sans le cinéma sur grand écran, sans les ciels Eastmancolor et l’horizon du Cinerama. »
Juan José Téllez, écrivain
La peinture de Chaves est présentée comme un plan séquence de l’âme de Cadix, un écho à la Camera Obscura de la Torre Tavira, cette tour de guet dont l’œil astronomique observe la ville comme un bienveillant observateur. Un rapprochement qui semblait inévitable, au confluent des rues Marqués del Real Tesoro et Sacramento.
L’artiste semble puiser son inspiration dans l’histoire et le quotidien de Cadix. Il évoque les souvenirs d’une époque révolue, où les déjeuners avec les poètes José Hierro et Fernando Quiñones étaient l’occasion de discuter de l’essence même de la ville : « Pour connaître une ville, il faut visiter son marché et son cimetière », disaient-ils. Cadix, privée de cimetière, se révèle alors à travers sa place, la Plaza de la Libertad, et les toits qui surplombent ses 134 belvédères.
Les toits de Cadix sont ainsi décrits comme le théâtre d’événements historiques et de scènes de vie quotidienne : le gouverneur Solano fuyant la foule, le père de Chano Lobato écoutant Radio Paris, Fernando VII envoyant des signaux depuis le Conseil provincial. Ces espaces abritaient également des rencontres clandestines, des premiers baisers, et les parades du carnaval.
Aujourd’hui, face à la montée du tourisme et des locations de vacances, l’œuvre de Cecilio Chaves et les lentilles de la Torre Tavira offrent une résistance poétique, un regard sur le passé qui persiste dans le dédale des ruelles du XVIIIe siècle. Cadix est un mirage, un lieu où le temps semble suspendu, où les traditions et les souvenirs se mêlent à la modernité.
Chaves explore également la lumière particulière de Cadix, une lumière qu’il a rencontrée ailleurs – en Galice, à Francfort – mais qui trouve son expression la plus aboutie dans sa ville natale. La Camera Obscura de la Torre Tavira joue avec les ombres et la lumière, révélant la vérité cachée derrière les façades et les balcons.
Les toiles de Chaves ne sont pas peuplées de figures humaines, peut-être parce que Cadix elle-même est un personnage à part entière. L’artiste invite le spectateur à compléter ses tableaux avec ses propres souvenirs et son imagination, à donner vie aux calichas (pavés) et aux cordes à linge, aux toits et aux tours qui bordent la baie.
Il n’était qu’une question de temps avant que Cecilio Chaves et la Torre Tavira ne se rencontrent, tout comme les châteaux de Saint-Sébastien et de Santa Catalina se font face chaque jour. La toile et le tableau, l’effet plastique et l’effet d’optique, une marche à cent quatre-vingts degrés, autour du monde sans quitter le monde. Et la couleur, la couleur bénie comme antidote contre la mélancolie, comme vaccin contre le désespoir. Quand ils peignent des bastos et des photomatons, Cadix vaut bien le miroir d’une tour avec des vues et une ligne qui explique comment nous étions pour ne pas cesser d’être qui nous sommes.
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