Home SantéCeux qui détiennent l’autorité doivent conserver la confiance du public. Les évêques catholiques ont parlé.

Ceux qui détiennent l’autorité doivent conserver la confiance du public. Les évêques catholiques ont parlé.

by Sophie Martin

Vingt ans après un avertissement prononcé lors d’un atelier sur les pandémies, les paroles d’un historien de la santé publique résonnent avec une acuité troublante, alors que la confiance dans les institutions et la vérité elle-même semble s’éroder.

En octobre 2006, John M. Barry, historien à la Johns Hopkins School of Public Health, participait à un atelier organisé par le HHS/CDC à Washington, D.C., consacré aux leçons à tirer de la pandémie de grippe de 1918-1919. Son intervention d’ouverture, citant George Bernard Shaw, posait déjà un constat pessimiste : « Ce que nous apprenons de l’histoire, c’est que nous n’apprenons rien de l’histoire. »

À l’époque, l’épidémie de SRAS (Syndrome Respiratoire Aigu Sévère) de 2002-2004, qui avait touché 8 469 personnes avec un taux de mortalité de 11 %, était encore fraîche dans les mémoires. Six ans plus tard, le MERS (Syndrome Respiratoire du Moyen-Orient), transmis par les chameaux, infecterait plus de 2 500 personnes, avec un taux de mortalité de 35 % (858 décès confirmés).

Barry avait alors mis en lumière les conséquences de la pandémie de grippe de 1918, qui avait affecté environ un quart de la population américaine, causant la mort de 675 000 personnes sur 103 millions de citoyens (un taux de mortalité de 0,065 %). En comparaison, la pandémie de Covid-19, un siècle plus tard, a touché un tiers de la population américaine, entraînant plus de 1,2 million de décès parmi 340 millions de citoyens (un taux de mortalité de 0,035 %).

Le message central de Barry était clair : la communication est essentielle pour établir la confiance, et sans confiance, la société risque de s’effondrer. Il affirmait alors :

« La clé, c’est la confiance. C’est lorsque les gens se sentent totalement aliénés et isolés que la société s’effondre. Dire la vérité est ce qui maintient la cohésion de la société. »

Il décrivait également l’atmosphère de peur qui pouvait paralyser une population : « La peur était si grande que les gens avaient peur de quitter la maison ou de se parler. Tout le monde retenait sa respiration, avait presque peur de respirer, de peur de tomber malade. »

Barry insistait sur l’importance de la transparence : « Une fausse assurance est la pire chose que vous puissiez faire. Ne cachez pas d’informations, car les gens penseront que vous en savez plus. Dites la vérité – ne gérez pas la vérité. Si vous ne savez pas quelque chose, dites pourquoi vous ne savez pas et dites ce que vous devez faire pour savoir. Noyez les gens avec la vérité, plutôt que de la cacher. » Il soulignait également que « ceux qui détiennent l’autorité doivent conserver la confiance du public. »

À l’époque, Barry exprimait un certain optimisme, estimant que la désinformation n’était pas un problème majeur comparé à 1918 et qu’il était peu probable que les responsables de la santé publique mentissent ouvertement. Ces affirmations semblent aujourd’hui, à la lumière des événements récents, particulièrement naïves. La pandémie de Covid-19 a été marquée par la diffusion de « mensonges purs et simples », notamment par d’anciens dirigeants et leurs soutiens, mettant à l’épreuve la théorie de Barry sur la fragilité de l’ordre social face à la méfiance.

Récemment, le pape Léon XIV a souligné la nécessité d’une réflexion profonde sur la situation actuelle et de la défense de la dignité humaine. De même, la Conférence des évêques catholiques des États-Unis a adressé un message clair, appelant à la défense de la dignité humaine face aux défis contemporains.

Les paroles de John Barry, prononcées il y a vingt ans, conservent une pertinence saisissante : « La clé, c’est la confiance. C’est lorsque les gens se sentent totalement aliénés et isolés que la société s’effondre. Dire la vérité est ce qui maintient la cohésion de la société. » Un constat d’autant plus alarmant que, selon certains, les dirigeants actuels semblent incapables de s’y conformer.

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