Publié le 14 décembre 2025 à 10h17. Le parti Pheu Thai ambitionne de repositionner la Thaïlande au cœur des chaînes d’approvisionnement mondiales de haute technologie et de renforcer son influence sur la scène internationale, notamment via une adhésion au groupe BRICS+ et une stratégie diplomatique axée sur l’équilibre des pouvoirs.
- Le parti Pheu Thai souhaite développer l’utilisation de l’énergie solaire pour réduire les coûts de l’électricité et attirer les investissements numériques.
- Bangkok entend négocier des accords de libre-échange avec des pays clés comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Inde pour faciliter l’exportation de produits thaïlandais.
- Le projet de Landbridge est présenté comme un atout stratégique majeur pour transformer la Thaïlande en un hub logistique régional.
La Thaïlande entend jouer un rôle de premier plan dans la « guerre technologique » en se positionnant dans des secteurs stratégiques tels que les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle, l’aérospatiale, les batteries pour véhicules électriques et l’agrotechnologie. Selon Chayika, porte-parole du parti Pheu Thai, il s’agit de repenser la politique économique du pays pour ouvrir de nouveaux marchés et attirer de nouveaux cycles d’investissement.
« L’économie thaïlandaise doit être capable de survivre dans le nouveau monde. Il faut penser comme un gagnant dans le nouveau jeu, ne pas s’accrocher aux anciennes règles », a déclaré Chayika lors d’un séminaire sur l’avenir de la politique thaïlandaise. Elle a souligné la nécessité d’une politique économique axée sur l’ouverture de nouveaux marchés et l’attraction d’investissements.
Dans cette optique, le parti Pheu Thai envisage de stimuler l’utilisation de l’énergie solaire par les secteurs industriels et publics, en utilisant des technologies de stockage pour optimiser la consommation et réduire les coûts. Cette initiative vise également à attirer des capitaux d’investissement numérique et à réduire les émissions de carbone, en alignant la production thaïlandaise sur des normes vertes internationales. L’objectif est de permettre aux produits thaïlandais de se positionner sur des marchés haut de gamme.
L’adhésion au groupe BRICS+ (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud et d’autres pays) est perçue comme une opportunité stratégique pour faire face au ralentissement économique mondial et au protectionnisme commercial. Chayika a expliqué que le gouvernement Pheu Thai avait constaté les effets néfastes des fluctuations géopolitiques et des mesures protectionnistes, et qu’il voyait dans le BRICS+ un marché émergent porteur de potentiel, capable de stimuler l’économie des pays du Sud.
En attendant d’obtenir le statut de pays partenaire auprès du BRICS+, la Thaïlande entend profiter de cette opportunité pour attirer le commerce, les investissements et le tourisme. Le gouvernement Pheu Thai met en avant les investissements déjà réalisés par des constructeurs automobiles chinois tels que BYD, CHERY, GWM – Great Wall Motor, NETA, CHANGAN et MG, qui ont établi des bases de production en Thaïlande.
Le parti Pheu Thai ambitionne également de renforcer la coopération avec l’Inde, notamment dans le secteur agricole, où les deux pays sont de grands exportateurs de produits alimentaires. L’idée est de créer un pouvoir de négociation conjoint en matière alimentaire, en commençant par le riz, le sucre et les protéines, dans le cadre du BRICS, afin de garantir la stabilité alimentaire dans les pays du Sud.
Sur le plan diplomatique, le parti Pheu Thai préconise une stratégie d’équilibre des pouvoirs pour maintenir la neutralité stratégique de la Thaïlande et protéger ses intérêts nationaux face aux tensions géopolitiques croissantes entre la Chine et les États-Unis. Chayika estime que cette compétition se traduit par une lutte pour le contrôle de la structure économique mondiale, et qu’il est donc essentiel de maintenir un équilibre stratégique et de diversifier les risques.
La Thaïlande entend ainsi renforcer ses relations avec les États-Unis, en cherchant à concrétiser la coopération économique et sécuritaire, tout en développant des partenariats avec d’autres puissances régionales telles que le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et l’Union européenne. Une attention particulière sera également accordée à la coopération avec les pays voisins, tels que le Vietnam, la Malaisie, Singapour, le Cambodge et le Laos.
Le projet de Landbridge, un corridor terrestre reliant la Thaïlande à la mer, est présenté comme un élément clé de cette stratégie. Selon Chayika, ce projet pourrait transformer la Thaïlande en un hub logistique majeur, en contournant le détroit de Malacca, actuellement saturé, et en réduisant les coûts et les délais de transport. « Si ce projet réussit, ce sera le nouveau pouvoir de négociation de la Thaïlande », a-t-elle affirmé.
Enfin, le parti Pheu Thai entend jouer un rôle constructif dans les questions de sécurité alimentaire, de santé publique et de développement durable, en offrant une assistance stratégique et en promouvant le développement de pôles d’excellence dans des domaines tels que la finance, la technologie médicale et les centres de données.