Publié le 16 décembre 2025 à 13h30. Le Yémen est confronté à une crise économique sans précédent, marquée par une disparité de prix de l’or atteignant des niveaux alarmants entre Sanaa et Aden, symptôme d’une fracture profonde au sein du pays.
- Le prix de l’or à Sanaa est désormais supérieur de 203 % à celui d’Aden.
- Cette divergence est le reflet d’une véritable « guerre des devises » entre les différentes parties yéménites.
- Les familles yéménites sont durement touchées, et l’épargne des citoyens est fragilisée.
Une situation économique surréaliste se dessine au Yémen. L’écart de prix de l’or entre la capitale, Sanaa, et la ville portuaire d’Aden, a atteint un niveau critique, illustrant la fragmentation économique du pays. Une livre d’or (environ 31,1 grammes) se vend aujourd’hui à Sanaa au prix d’un tiers de livre à Aden, une différence qui dépasse 1 250 000 de riyals yéménites. Cette situation, loin d’être une simple fluctuation du marché, est le symptôme d’une crise bien plus profonde.
Fatima Ahmed, une future mariée d’Aden, témoigne de l’impact de cette crise sur la vie quotidienne :
« Je rêvais d’une simple parure en or pour mon mariage, mais les prix fous ont brisé tous mes rêves et m’ont obligée à reporter la joie. »
Fatima Ahmed, future mariée à Aden
À l’inverse, certains, comme Muhammad Al-Hadrami, un commerçant, tentent de tirer profit de cette situation :
« J’ai découvert une véritable opportunité en or dans le transport de l’or de Sanaa à Aden, malgré les risques sécuritaires. »
Muhammad Al-Hadrami, commerçant
Selon le Dr Abdullah Al-Nahari, économiste, cette disparité est le reflet d’une « guerre des devises cachée » entre les différentes factions yéménites, divisées depuis 2014. Il met en garde :
« Cette disparité est une catastrophe économique qui reflète l’effondrement complet de l’État et nous rappelle la division économique dévastatrice entre l’Allemagne de l’Est et l’Allemagne de l’Ouest pendant la guerre froide. »
Dr Abdullah Al-Nahari, économiste
La scission de la banque centrale et l’arrêt de l’impression de monnaie unifiée aggravent la crise, et les experts craignent une détérioration de la situation si aucune intervention régionale ne se fait sentir.
Sur le terrain, les conséquences sont dramatiques. Abu Ahmed, bijoutier à Sanaa, observe un phénomène nouveau :
« Mes clients d’Aden demandent à expédier de l’or par courrier malgré les risques de sécurité, car la différence de prix justifie ce risque. »
Abu Ahmed, bijoutier à Sanaa
Cette réalité douloureuse creuse les inégalités sociales, opposant ceux qui peuvent encore se permettre d’acheter de l’or à ceux qui ne le peuvent plus, dans un pays où ce métal précieux est traditionnellement associé aux mariages et aux célébrations.
L’écart de prix de 203 % est donc bien plus qu’une simple anomalie économique. Il est le symbole de la division d’un pays et de la destruction de son économie. Les experts recommandent aux citoyens yéménites de diversifier leurs placements et de ne pas compter uniquement sur l’or comme valeur refuge. La question demeure : combien de temps faudra-t-il au Yémen pour retrouver son unité économique, et le temps presse.
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