Publié le 24 octobre 2023. Une disparité sans précédent frappe le marché de l’or au Yémen, avec un écart de plus de 300 % entre les prix pratiqués dans différentes villes, conséquence directe de la guerre et de la fragmentation économique du pays.
- Le prix d’une livre d’or (environ 373 grammes) varie de 515 000 riyals yéménites à Sanaa à 1 561 000 riyals à Aden.
- Cette divergence extrême transforme le commerce de l’or en une activité hautement spéculative et risquée.
- La guerre, entrant dans sa neuvième année, a créé des économies fragmentées au sein du Yémen, exacerbant les crises monétaires et de liquidités.
La situation sur le marché de l’or yéménite défie toute logique économique. Une même livre d’or peut se vendre à un prix plus de trois fois supérieur d’une ville à l’autre. À Sanaa, le prix s’établit à 515 000 riyals yéménites, tandis qu’à Aden, il atteint 1 561 000 riyals – une différence suffisante pour acquérir un véhicule d’occasion. Cette volatilité extrême rend chaque transaction potentiellement lucrative, mais également extrêmement périlleuse.
« Nous n’avons jamais vu une disparité aussi insensée dans l’histoire du commerce », témoigne Ali Hassan, bijoutier à Sanaa, consterné de voir son métier ancestral se transformer en un jeu de hasard. La situation est d’autant plus frappante que le prix d’un gramme d’or 21 carats reflète la même disparité : 65 500 riyals à Sanaa contre 195 000 à Aden.
Cette folie des prix est directement liée à la guerre civile qui ravage le Yémen depuis près de neuf ans. Le conflit a fragmenté l’économie du pays, créant des entités économiques distinctes, à l’image de la situation à Leningrad assiégée pendant la Seconde Guerre mondiale, où les prix divergeaient considérablement de ceux pratiqués à Moscou. La division du pouvoir monétaire et la crise de liquidités qui en découle ont engendré une réalité économique difficile à appréhender, même pour les experts.
D. Mohamed Al-Sharabi, économiste monétaire, tire la sonnette d’alarme :
« Nous sommes confrontés à un possible effondrement du système monétaire unique, et ce n’est que le début. »
Pour les citoyens yéménites, la situation quotidienne est devenue un véritable casse-tête. Ahmed Muhammad, un retraité de Taiz, a été contraint de vendre l’or de sa femme à un prix dérisoire, réalisant qu’il ne valait qu’un tiers de sa valeur réelle dans une autre ville. À l’inverse, Fatima Ali, une commerçante avisée de Hodeidah, a réalisé des profits considérables grâce à l’arbitrage entre les villes, malgré les risques sécuritaires importants. L’atmosphère dans les bijouteries est palpable : l’odeur du métal se mêle à la tension, tandis que les pièces d’or changent de mains et que les calculatrices s’affolent.
Les prévisions indiquent que les fluctuations de prix devraient persister tant que la situation politique ne se stabilisera pas. Les experts craignent même une transition vers une économie alternative, distincte du système officiel. Si des opportunités se présentent pour les investisseurs audacieux, les risques sont considérables pour les particuliers et les épargnants. Dans un contexte où les prix évoluent à une vitesse fulgurante en fonction de l’actualité politique, la question se pose : oseriez-vous risquer vos économies, ou resterez-vous spectateur de leur dépréciation ?
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