Publié le 15 octobre 2025 à 05h29. La décision du gouvernement irlandais de réduire la TVA sur l’hôtellerie, initialement présentée comme un soutien aux restaurants fragilisés par la pandémie, suscite de vives critiques. Des experts estiment que cette mesure, coûteuse et économiquement discutable, profitera surtout aux grandes chaînes de restauration rapide au détriment des petits établissements.
- L’ESRI (Economic and Social Research Institute) prévoit que la réduction de la TVA aura un impact négatif de 2 % sur le pouvoir d’achat des ménages irlandais cette année.
- La mesure, initialement motivée par les fermetures de restaurants post-Covid, est perçue comme un cadeau aux géants de la restauration rapide comme McDonald’s et Supermacs.
- Le gouvernement, et en particulier le Tánaiste Simon Harris, semble s’être engagé de manière irréversible sur cette réduction de TVA, malgré les avertissements du ministère des Finances.
La réduction de la TVA sur l’hôtellerie, passée de 13,5 % à 9 %, est le fruit d’une campagne de lobbying menée par la Restaurants Association of Ireland (RAI) après la crise sanitaire. Initialement, l’objectif était de souligner les difficultés rencontrées par les restaurants suite aux confinements et aux restrictions liées à la pandémie de Covid-19. Cette revendication a ensuite été intégrée au programme électoral du Fine Gael.
Si le secteur de la restauration a effectivement été durement touché par la pandémie, les experts soulignent que le taux de mortalité des restaurants est un phénomène normal, inhérent à la concurrence et à l’évolution des goûts des consommateurs. Une étude américaine portant sur 81 000 restaurants a révélé que 17 % d’entre eux ferment leurs portes la première année et que la durée de vie moyenne d’un restaurant est de seulement 4,5 ans. Une étude irlandaise de 2018 confirmait des taux d’échec similaires : 15 % après un an, 37,6 % après trois ans et 53 % après cinq ans.
Le gouvernement semble avoir été influencé par une vague de fermetures de restaurants très médiatisées à Dublin, notamment celles de Brasserie Sixty6, Rustic Stone, Shanahan’s on the Green et P Mac. Bien que ces fermetures soient regrettables pour les entrepreneurs concernés, elles s’inscrivent dans un schéma normal de renouvellement du secteur. De nombreux établissements qui ont fermé leurs portes ont été remplacés par de nouvelles enseignes, adaptées aux nouvelles tendances et aux attentes des clients.
L’ironie de la situation réside dans le fait que les principaux bénéficiaires de cette réduction de TVA seront les grandes chaînes de restauration rapide et les services de plats à emporter, qui concurrencent directement les restaurants traditionnels. Les estimations suggèrent que McDonald’s pourrait bénéficier d’une réduction de TVA de 30 millions d’euros par an, Supermacs de 12 millions d’euros et Dominos de 13 millions d’euros. Des centaines, voire des milliers, d’autres petites entreprises pourraient également en profiter, mais l’impact sera disproportionné.
Le ministère des Finances s’était opposé à cette réduction de TVA, soulignant que les données économiques réelles contredisaient les arguments des lobbyistes de l’industrie. Le ministère avait fait valoir que le nombre de personnes employées dans le secteur de l’hôtellerie était en augmentation et que les prix étaient en hausse, deux signes d’une économie saine. Cependant, le Tánaiste Simon Harris semble avoir fait de cette mesure une priorité politique, s’engageant publiquement à la respecter.
La mise en œuvre de la réduction de TVA a été reportée au mois de juillet, mais un nouveau report n’est pas exclu, notamment en raison de la possibilité de nouvelles fermetures de restaurants pendant la période hivernale. La question de savoir si le gouvernement maintiendra son engagement reste donc ouverte.
