Les citoyens valaisans voteront prochainement sur la loi concernant la société de gestion et d’exploitation de l’aéroport de Sion, après le dépôt de 3 813 signatures mercredi à la chancellerie cantonale. Ce référendum, porté par Les Vert·e·s et plusieurs organisations environnementales, vise à s’opposer à la cantonalisation de l’infrastructure et à son extension.
Le blocage d’une extension jugée coûteuse
Le mouvement référendaire, lancé début avril, a rapidement mobilisé la population. Si le seuil minimal de 3 000 signatures a été franchi dès le début du mois de juin, les organisateurs ont choisi de poursuivre la récolte pour sécuriser la validation du scrutin, comme le rapporte Le Temps.

Cette initiative rassemble un front diversifié, incluant Les Vert·e·s, le WWF Valais, l’ATE Valais, le POP, le PS du Haut-Valais et les Jeunes Vert·e·s valaisans. L’objectif affiché n’est pas la fermeture pure et simple du site, mais un frein financier et écologique.
« Notre démarche ne vise pas à fermer l’aéroport, mais à stopper son extension coûteuse. »
Christophe Clivaz, conseiller national écologiste, via Bluewin
Pour Jean-Paul Mabillard, président des Vert·e·s de Sion-Hérens-Conthey, le projet actuel est perçu comme un investissement polluant et onéreux que les autorités soutiennent depuis plus de trente ans. Les opposants soulignent que l’extension de l’infrastructure s’inscrit dans une logique de croissance du trafic aérien qui entrerait en contradiction avec les objectifs climatiques actuels.
Le montage financier et la nouvelle structure de gestion
Le projet de loi, validé le 12 mars par une large majorité de droite au Parlement valaisan (103 voix contre 24), prévoit la création d’une société de gestion et d’exploitation. Selon le Conseil d’État, cette structure doit concilier l’utilité publique, la viabilité économique et la durabilité environnementale. Elle aurait pour mission d’intégrer l’ensemble des collaborateurs actuels de l’aéroport.

Le point de friction majeur réside dans la répartition du financement. Actuellement, l’État du Valais et la Ville de Sion partagent les charges et les investissements à parts égales (50 % chacun), incluant le déficit d’exploitation. Le nouveau schéma proposé par le canton modifie radicalement cet équilibre :
- État du Valais : 70 % des charges dès le transfert de la concession fédérale.
- Ville de Sion : 20 % des charges.
- Autres communes valaisannes : 10 % des charges.
Ce transfert de charge vers le canton et les autres communes est au cœur du litige. Pour les partisans du projet, cette structure permettrait une gestion plus professionnelle et centralisée, tandis que les opposants y voient un transfert injustifié de coûts vers la collectivité cantonale pour soutenir une infrastructure dont la rentabilité est incertaine.
Un héritage historique face à un déficit chronique
L’infrastructure, dont les racines remontent à 1934 pour l’aviation civile, a évolué vers un usage mixte civil et militaire après la signature d’un contrat le 22 décembre 1956. Depuis 2018, le site opère comme un aéroport civil, tout en maintenant la priorité aux activités militaires, précise Rhône FM.
Cependant, la viabilité économique du site est aujourd’hui remise en question. L’aéroport affiche un déficit annuel d’environ 3 millions de francs. Ce climat d’incertitude a été accentué par la faillite d’Air Mountain, qui gérait l’une des rares liaisons commerciales régulières depuis Sion.
Le fonctionnement d’un aéroport régional comme celui de Sion repose traditionnellement sur un équilibre fragile entre les vols d’affaires, le tourisme, les activités de secours et les besoins de l’armée. Lorsque les compagnies commerciales disparaissent, la charge financière repose entièrement sur les contributions publiques. Dans le cas présent, le passage à une société de gestion vise à stabiliser ce modèle, mais le coût du maintien d’un tel site face à la concurrence des grands hubs européens reste un défi majeur pour le budget valaisan.
Calendrier et prochaines étapes du scrutin
Le dépôt des 3 813 signatures mercredi marque le début d’une procédure formelle. La date du vote populaire n’est pas encore arrêtée. Elle sera fixée à l’issue d’un débat au Grand Conseil, où s’affronteront les visions opposées d’une majorité parlementaire favorable à la cantonalisation et d’une opposition centrée sur la transition écologique et la prudence budgétaire.
En Suisse, le référendum facultatif permet aux citoyens de demander la validation populaire d’une loi adoptée par le Parlement. Si le nombre de signatures requises est atteint dans le délai légal, le texte est suspendu jusqu’au résultat du vote. Ce mécanisme place désormais le futur de l’aéroport de Sion entre les mains des électeurs, qui devront trancher entre la volonté politique de maintenir et développer l’infrastructure et les préoccupations environnementales et financières soulevées par le comité de référendum.
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