Publié le 26 février 2024 10h30. Une enquête de la justice argentine révèle un système sophistiqué de manipulation du marché des changes, impliquant des bureaux de change et potentiellement des fonctionnaires de la Banque centrale, dans le but de profiter du décalage entre le taux de change officiel et le marché noir.
- La justice enquête sur un réseau qui aurait détourné près d’un milliard de dollars américains (environ 920 millions d’euros) vers le marché parallèle des changes entre 2022 et 2023.
- Des perquisitions ont été menées lundi dans les bureaux de la Banque centrale et au domicile de fonctionnaires, dans le cadre de cette enquête.
- Trois bureaux de change – Gallo Cambios, Mega Latina et Concordia Inversiones – sont au centre des investigations.
Une enquête de la justice argentine a mis au jour un système présumé de manipulation du marché des changes, permettant de transférer des dollars acquis au taux officiel vers le marché noir, où ils étaient revendus à un prix plus élevé. Cette opération aurait permis de réaliser des profits considérables en exploitant les restrictions de change imposées par le gouvernement d’Alberto Fernández.
Selon les premières estimations, le circuit illégal aurait mobilisé près d’un milliard de dollars américains (environ 920 millions d’euros) entre 2022 et 2023. La Banque centrale d’Argentine (BCRA) a identifié plusieurs irrégularités dans les opérations de change de trois bureaux de change en particulier : Gallo Cambios, Mega Latina et Concordia Inversiones.
Lundi, des perquisitions ont été menées au domicile de fonctionnaires et dans les bureaux de la Banque centrale, dans le cadre de cette enquête. Ces opérations visaient à recueillir des informations sur le fonctionnement du stratagème et l’étendue des sommes impliquées. La Surintendance des entités bancaires et de change avait déjà identifié des « modalités abusives » dans les opérations de ces bureaux de change, leur infligeant des amendes totalisant un million de dollars.
L’enquête a révélé que les dollars, initialement acquis au taux officiel auprès de banques commerciales, étaient acheminés via ces bureaux de change vers le marché noir. Dans le cas de Gallo Cambios, la BCRA a détecté des opérations pour un total de 474 millions de dollars qui n’étaient pas destinés aux clients finaux, mais à d’autres opérateurs boursiers. 90 % de ces fonds provenaient de Mega Latina et de Stema Cambios, avant d’être revendus à treize autres opérateurs, dont neuf ont déjà été disqualifiés.
Un aspect particulièrement préoccupant est le manque de traçabilité des fonds. La quasi-totalité des dollars (92 %) était livrée en espèces, ce qui rendait difficile l’identification des bénéficiaires finaux. De plus, les personnes ou entités qui utilisaient des pesos pour acheter des dollars n’avaient pas déclaré leurs opérations de change antérieures, ce qui aurait dû susciter une vigilance accrue.
La BCRA estime qu’il y avait une collusion entre les bureaux de change et les autres opérateurs pour maintenir ce système en place. L’autorité monétaire considère que ces opérations, présentées sous les apparences de transactions régulières, avaient pour objectif d’acquérir des devises étrangères au taux officiel pour les revendre ensuite sur le marché parallèle.
L’enquête a également mis en lumière le rôle de la Banque de Services et de Transactions (BST), qui a fourni des dollars au prix officiel à Mega Latina pour un montant de 327 millions de dollars entre juin et août 2023. La BST était également la banque où Gallo Cambios détenait l’un de ses comptes.
Un autre dossier concerne Concordia Inversiones, lié à Ariel Vallejo, propriétaire de Sur Finanzas, et à sa mère, Graciela Vallejo. L’enquête porte sur 68 transactions d’un montant inférieur à 10 millions de dollars, réalisées entre février et avril 2023, impliquant des transferts de 110 000 à 150 000 dollars en espèces. Ces transactions étaient justifiées par des « prêts mutuels » en dollars, une pratique non autorisée pour les bureaux de change.
Le nom d’Elias Piccirillo est également apparu dans le cadre de ces enquêtes, bien que la BCRA n’ait pas encore publié de conclusions définitives concernant son bureau de change. Par ailleurs, une autre enquête, ouverte en 2023, porte sur des allégations de corruption liées à l’attribution de licences d’importation (SIRA) en échange de pots-de-vin. Cette enquête a été classée sans suite en décembre 2023 sur recommandation du procureur Eduardo Taiano.
La BST est une banque de « second rang », spécialisée dans les entreprises plutôt que les particuliers. Elle appartient au groupe ST, qui possède également des participations dans le secteur de l’assurance, notamment Life Seguros, Orígenes et MegaQM. La banque est dirigée par Roberto Domínguez, avec Pablo Peralta comme vice-président.