Publié le 2024-02-29 10:12:00. Le réalisateur tchèque Jan Hřebejk se souvient avec émotion de sa rencontre avec l’actrice Věra Křesadlová, récemment décédée, et des souvenirs qu’elle lui a laissés, notamment à travers ses créations artistiques.
Jan Hřebejk évoque une première rencontre fortuite avec Věra Křesadlová en Australie, alors qu’il préparait son film Horem pádem (2004). Petr Forman, l’acteur principal, y jouait le rôle d’un émigré, et Pavel Forman, l’oncle de Petr et frère de Miloš Forman, incarnait un voisin australien. C’est dans ce contexte que l’actrice a rejoint l’équipe.
« Petr a dit : ‘Qui sait combien de temps oncle Pavel vivra, alors nous emmènerons ma mère avec nous.’ Nous étions au même étage dans un hôtel à Brisbane. Je me souviens avoir dit au revoir à Věra dans le couloir et nous sommes tous les deux retournés dans nos chambres. J’ai allumé la télévision et j’ai découvert la jeune Věra partout sur l’écran », raconte Hřebejk, se remémorant la diffusion du film Skylark on a String (1969) par une chaîne de télévision australienne. L’actrice y interprétait une détenue.
« C’était une sensation étrange. On venait à peine de se rencontrer en personne et soudain, je la voyais dans un film de plus de trente ans », ajoute-t-il.
Hřebejk a également partagé un souvenir lié au film Medvídek, où Křesadlová incarnait la mère d’un des personnages et l’épouse du personnage interprété par Jiří Menzel. Il a d’ailleurs choisi d’intégrer l’une des lampes en vitrail Tiffany, fabriquées de ses mains par l’actrice, dans le décor du film.
« J’ai été tellement frappé par la beauté de cette lampe que je lui ai demandé de m’en fabriquer une. Bien sûr, je l’ai payée pour cela, mais elle m’en a également offert une autre en cadeau. Aujourd’hui, mon appartement est éclairé par deux lampes de Věra Křesadlová, et elles y resteront tant que je serai là », confie le réalisateur.
Hřebejk considère que le rôle le plus marquant de l’actrice au cinéma est celui qu’elle a interprété dans la parabole Intimate Lighting (1965), réalisée par Ivan Passer. Il évoque en particulier une scène emblématique :
« Sa scène célèbre, dans laquelle un homme handicapé passe devant elle et s’adresse à elle non pas par le nom de son personnage, Štěpo, mais par son prénom, Věra, avant que celle-ci ne le corrige, je l’ai reproduite cette année avec Aneta Vignerová, en dehors du scénario. Je l’ai ensuite envoyée à Radim (vers Kratochvil, le plus jeune fils de Věra Křesadlová), mais il ne m’a pas encore répondu », précise-t-il.
Selon lui, Věra Křesadlová était une personne d’une grande franchise et d’une authenticité rare. Bien qu’ils ne se soient rencontrés qu’en Australie, il avait l’impression, après leur première rencontre, de la connaître depuis des années.
« Elle avait en elle une sincérité qui m’a profondément impressionné et qui n’a créé aucune barrière, malgré son statut de Věra Křesadlová, l’épouse de Miloš Forman et la chanteuse de Semafor. Que la lumière éternelle brille sur elle », conclut Jan Hřebejk.
Sur le même sujet
