Publié le 4 décembre 2025 à 12h23. Lors de la COP30 au Brésil, les discussions sur l’adaptation au changement climatique se sont heurtées à la question cruciale du financement, notamment pour les pays en développement, et à la nécessité d’une approche plus proactive, illustrée par l’exemple de la Chine.
- La Chine a soumis un nouveau plan d’action climatique incluant une stratégie d’adaptation ambitieuse à l’horizon 2035.
- Les besoins de financement pour l’adaptation dans les pays en développement sont estimés à 310 à 365 milliards de dollars américains (environ 287 à 338 milliards d’euros) par an d’ici 2035, un montant bien supérieur aux financements actuels.
- L’approche chinoise de l’adaptation, centralisée et axée sur les infrastructures, diffère de celle de l’Union européenne, plus décentralisée et axée sur les solutions fondées sur la nature.
La COP30, qui s’est tenue au Brésil, a mis en lumière un paradoxe frappant : des générateurs diesel bruyants et polluants alimentaient le site de la conférence, tandis que les discussions portaient sur la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de s’adapter à leurs conséquences. Cet exemple symbolique illustre les défis concrets de la transition écologique et la complexité de la mise en œuvre des engagements pris.
Au cœur des débats, la question du financement de l’adaptation est apparue comme un point de blocage majeur. Les pays en développement réclament davantage de ressources pour mettre en œuvre des mesures sur le terrain et exigent un cadre commun pour mesurer les progrès nationaux et orienter les décisions de financement. Les estimations des besoins de financement pour 2035 varient entre 310 et 365 milliards de dollars américains (environ 287 à 338 milliards d’euros), un chiffre colossal par rapport aux 26 milliards de dollars américains (environ 24 milliards d’euros) transférés en 2023 par les pays développés.
Lors de la COP30, un accord a été trouvé pour que les pays développés augmentent leur soutien à l’adaptation à 120 milliards de dollars américains (environ 111 milliards d’euros) d’ici 2035. Cependant, pour la Chine, le soutien financier des pays développés et les prêts préférentiels des banques multilatérales de développement tendent à diminuer.
Le rôle de la Chine dans ce contexte est particulièrement important. Le pays, en tant que plus grand pays en développement, passe d’une réaction aux impacts climatiques à une adaptation proactive. En 2022, la Chine a publié sa stratégie d’adaptation, qui vise à construire une « société adaptée au climat » d’ici 2035, en combinant adaptation proactive et atténuation des émissions.
Rebecca Nadin, directrice des risques mondiaux et de la résilience au sein du groupe de réflexion ODI Global, souligne que la stratégie chinoise, contrairement à celle de l’Union européenne, est très centralisée et intégrée dans les plans économiques quinquennaux. Elle met l’accent sur des mesures d’adaptation strictes, telles que les systèmes d’alerte précoce et le contrôle des inondations.
« La Chine alloue des ressources importantes, en particulier pour les infrastructures à grande échelle, mais le financement de l’adaptation de l’UE est plus diversifié et soutient un plus large éventail de secteurs. »
Rebecca Nadin, ODI Global
Les industries essentielles à l’adaptation de la Chine nécessitent plus de 2 000 milliards de yuans (280 milliards de dollars américains, environ 260 milliards d’euros) de financement chaque année entre 2026 et 2030, dont plus de la moitié (57 %, soit 1 160 milliards de yuans, environ 162 milliards d’euros) pour les infrastructures. Cependant, selon Chen Yingjie, chercheuse au Huzhou Green Finance Institute, le soutien à l’adaptation dans d’autres domaines, tels que l’électricité, les transports, la finance, l’éducation et la santé, reste insuffisant.
« À mesure que le changement climatique s’aggrave, la gestion de l’eau, l’agriculture et les infrastructures sont confrontées aux risques physiques les plus directs et les plus évidents. Ces secteurs sont très vulnérables et les risques seront transmis à des secteurs clés tels que l’industrie manufacturière et les services, créant des impacts systémiques sur l’économie réelle », explique Chen Yingjie.
Le rapport sur les écarts d’adaptation 2025 du Programme des Nations Unies pour l’environnement estime que les besoins de financement des pays en développement atteindront 310 à 365 milliards de dollars américains d’ici 2035.
Shao Danqing, chercheuse au Macro and Green Finance Lab, souligne la nécessité de réorienter les subventions des combustibles fossiles vers l’adaptation et l’atténuation. À l’échelle mondiale, les subventions aux énergies fossiles ont atteint 7 000 milliards de dollars américains en 2022.
« Dans de nombreux pays, les subventions sont utilisées de manière inefficace ou incorrecte. Ces gouvernements doivent les examiner et réorienter progressivement les fonds des activités « brunes » vers l’atténuation et l’adaptation au changement climatique », affirme Shao Danqing.
Enfin, évaluer l’efficacité des mesures d’adaptation reste un défi. Xi Wenyi, chercheuse associée au World Resources Institute, souligne l’importance de développer des indicateurs pertinents pour suivre les progrès et mesurer les bénéfices de l’adaptation, au-delà des pertes évitées en cas de catastrophe. Une analyse du World Resources Institute a révélé qu’un dollar investi dans l’adaptation et la résilience peut rapporter dix dollars au cours de la décennie suivante.
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