Publié le 17 janvier 2026 à 06h00. L’engouement pour des médicaments comme l’Ozempic, initialement destinés au traitement du diabète, provoque un retour en force de la chirurgie esthétique et soulève des inquiétudes quant à un possible recul des progrès accomplis en matière d’acceptation de soi et de diversité corporelle.
- La popularité croissante de médicaments amaigrissants comme l’Ozempic relance la demande pour des interventions de chirurgie esthétique, notamment pour corriger les effets secondaires de ces traitements.
- Ce phénomène pourrait compromettre les avancées récentes en matière d’image corporelle positive et contribuer à une résurgence des troubles alimentaires.
- Un fossé se creuse entre ceux qui ont les moyens financiers d’accéder à ces traitements et ceux qui n’y ont pas, exacerbant les inégalités sociales et raciales en matière de santé.
Après une décennie marquée par une prise de conscience croissante de l’importance de l’acceptation de soi et de la diversité corporelle, un vent nouveau souffle sur l’industrie de la beauté. Les entreprises et les marques de mode avaient commencé à promouvoir des images plus réalistes et inclusives, mettant en avant des corps de toutes tailles et de toutes origines. En 2017, des célébrités comme Hilary Duff et Demi Lovato étaient saluées pour avoir affiché leurs imperfections et encouragé leurs fans à faire de même. Cette tendance s’est traduite par une diminution de la demande pour la chirurgie plastique, notamment pour les interventions visant à modifier radicalement l’apparence physique.
Pourtant, l’arrivée sur le marché, aux États-Unis en 2018, de médicaments comme l’Ozempic, initialement prescrits pour traiter le diabète de type 2, a progressivement inversé cette tendance. L’efficacité de ces médicaments pour induire une perte de poids rapide a rapidement attiré l’attention, et leur nom est devenu synonyme de minceur. Les réseaux sociaux se sont emballés, avec des milliers d’utilisateurs partageant leurs transformations physiques et mettant en avant les “défauts” qu’ils souhaitent corriger pour atteindre le corps parfait. Les chirurgiens plasticiens ont vu leur activité reprendre de plus belle.
Sophia Porter, chirurgienne plasticienne, décrit une consultation typique : « Nous utilisons un marqueur antiseptique pour identifier et délimiter les zones du corps qui seront traitées, que ce soit par une intervention chirurgicale, une liposuccion ou un lifting. » De plus en plus de patientes se présentent avec le « visage Ozempic », caractérisé par des joues creuses et un aspect affaissé, un effet secondaire indésirable de ces médicaments.
« Alors que des chirurgiens déjà fortunés remplissent leurs poches, cette résurgence de la chirurgie plastique aura des conséquences durables sur la société. »
Aimee Donnellan, auteure de Off the Scales: The Inside Story of Ozempic and the Race to Cure Obesity
Historiquement, les personnes obèses n’étaient pas considérées comme des candidates idéales pour la chirurgie plastique en raison des risques accrus liés à l’anesthésie, aux infections et à la cicatrisation. Cependant, la prescription de médicaments amaigrissants permet désormais aux médecins de proposer ces interventions à un public plus large, moyennant des sommes considérables. En 2023, les procédures non invasives, telles que les injections de Botox et d’acide hyaluronique (environ 9 400 euros pour un lifting du bas du corps), ont connu une forte popularité, tout comme les liftings corporels visant à éliminer l’excès de peau.
Ce retour en force de la chirurgie esthétique soulève des inquiétudes quant à son impact sur la santé mentale et l’image corporelle. Des études ont montré que la culture des célébrités, qui promeut une vision étroite de la beauté, peut avoir des effets néfastes sur les troubles alimentaires et le bien-être psychologique. Anne Becker, chercheuse spécialisée dans les troubles de l’alimentation, a démontré que l’exposition à des images de célébrités ultra-minces peut inciter les femmes à adopter des comportements dangereux pour perdre du poids.
L’accessibilité financière de ces médicaments et de ces interventions crée également un fossé croissant entre ceux qui peuvent se permettre de les utiliser et ceux qui n’y ont pas accès. Les personnes les plus démunies, déjà plus vulnérables aux problèmes de poids et d’obésité, risquent d’être davantage stigmatisées. Les fabricants de produits alimentaires continueront probablement de cibler ces consommateurs, en leur proposant des aliments transformés et addictifs.
En 2023, lors de la cérémonie des Oscars et des Golden Globes, des humoristes ont plaisanté sur l’utilisation généralisée de l’Ozempic par les célébrités, soulignant ainsi l’omniprésence de ce médicament dans le monde du divertissement. Des personnalités publiques comme Oprah Winfrey et Elon Musk ont d’ailleurs admis l’avoir utilisé. Lorde s’est également exprimée sur les pressions liées à la perte de poids et à l’image corporelle.
L’avenir de ce mouvement reste incertain. Si le coût de ces médicaments et de ces interventions diminue, leur accessibilité pourrait s’améliorer. Cependant, il est probable que les entreprises continueront de promouvoir des idéaux de beauté inatteignables, annulant ainsi les progrès réalisés en matière d’acceptation de soi et de diversité corporelle. La prochaine génération devra naviguer dans un monde où les différentes formes et tailles sont de moins en moins acceptées, et les enfants nés dans des corps plus grands risquent de devenir les victimes ultimes de la disparition d’un mouvement créé pour les aider à se sentir confiants et acceptés.
Off the Scales: The Inside Story of Ozempic and the Race to Cure Obesity d’Aimee Donnellan sera publié le 15 janvier par 4th Estate.
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