Publié le 24 septembre 2025 14:47:00. L’industrie du jeu vidéo, en pleine expansion, peine à voir davantage de femmes accéder à des postes de direction. Lors du Gamescom Asia x Thailand Game Show, des expertes ont échangé sur les obstacles et les solutions pour favoriser une meilleure représentation féminine.
- Malgré une forte présence féminine parmi les joueuses (47 % aux États-Unis), les femmes ne représentent qu’environ 25 % des développeurs de jeux vidéo.
- Le manque de femmes aux postes de décision est un problème majeur, affectant l’influence féminine sur le contenu des jeux.
- La collecte de données sur la diversité et la création de réseaux de soutien internes sont des pistes concrètes pour améliorer la situation.
L’industrie du jeu vidéo est confrontée à un défi persistant : le manque de femmes occupant des postes de direction. Cette question a été au cœur d’une discussion animée au Gamescom Asia x Thailand Game Show, avec Meghan Morgan Juinio, ancienne directrice du développement de produits chez Sony Santa Monica, et Fleur Marty, productrice exécutive chez Gearbox Montréal.
Meghan Morgan Juinio a souligné l’importance de cette problématique en s’appuyant sur les chiffres récents. Selon le dernier rapport « Annual Facts » de l’Entertainment Software Association, plus de 205 millions d’Américains jouent actuellement à des jeux vidéo, dont 47 % sont des femmes. Pourtant, cette forte représentation ne se reflète pas dans les équipes de développement.
Une enquête récente de la Game Developers Conference (GDC) révèle que seulement environ 25 % des développeurs se déclarent des femmes. La question cruciale, selon Juinio, est de savoir combien de ces femmes occupent des postes de direction, comme chefs de studio ou directrices de jeux, et donc participent aux décisions de financement des projets.
Juinio a noté les efforts déployés ces dernières années pour encourager les filles à s’orienter vers les filières scientifiques, technologiques, d’ingénierie et de mathématiques (STEM). Des programmes de mentorat et des stages ont été mis en place pour faciliter l’accès des jeunes femmes à l’industrie. Cependant, elle estime qu’il est temps de passer à la phase suivante :
« Nous voulons continuer dans cette voie, mais il s’agit maintenant d’une question de complémentarité. Comment pouvons-nous amener davantage de femmes à influencer le contenu qui est proposé aux joueurs ? »
Meghan Morgan Juinio, ancienne directrice du développement de produits chez Sony Santa Monica
Pour identifier des solutions concrètes, Juinio et Marty ont été interrogées sur les mesures que les grands éditeurs et studios peuvent prendre pour soutenir les femmes aspirant à des postes de leadership.
Juinio a insisté sur l’importance de la collecte et du partage de données.
« Je ne suis pas favorable aux quotas ou aux mesures imposées d’en haut. Mais si les responsables du recrutement ne savent pas quelle est la composition des équipes en termes de genre, comment peuvent-ils contribuer à l’évolution que nous souhaitons ? Il faut donc collecter ces données et les partager. »
Meghan Morgan Juinio, ancienne directrice du développement de produits chez Sony Santa Monica
Elle a également souligné l’intérêt de créer des réseaux de femmes au sein des studios, permettant aux collaboratrices de différentes disciplines de se connecter et de s’entraider. Elle a donné l’exemple d’une ingénieure, de deux animatrices et d’une conceptrice travaillant dans des équipes différentes, qui pourraient bénéficier d’un échange et d’un soutien mutuel.
Fleur Marty a corroboré cette idée, en racontant comment elle avait créé une chaîne Slack intitulée « Women of Warner » lorsqu’elle travaillait chez Warner Bros. Montréal, afin de réunir les femmes de différentes équipes.
« À l’époque, les développeurs étaient assez isolés de l’équipe d’assurance qualité (QA), car celle-ci était responsable de l’édition et de tous les titres de l’entreprise, tandis que les développeurs se concentraient uniquement sur les projets de Warner Montréal. J’ai donc décidé que toutes les personnes travaillant chez Warner Montréal devraient rejoindre cette chaîne, ce qui a permis à de nombreuses femmes de l’équipe QA de se connecter avec les développeurs et de leur poser des questions. C’est simple, gratuit et fondamental, mais cette connexion est essentielle. »
Fleur Marty, productrice exécutive chez Gearbox Montréal
Marty a ajouté que les entreprises doivent identifier proactivement les femmes intéressées par des opportunités de leadership et déterminer comment répondre à leurs besoins spécifiques.
« Tout le monde ne souhaite pas assumer un rôle de leadership. Certaines personnes préfèrent rester des contributrices individuelles et des expertes. Mais si vous ne posez pas la question, vous ne le saurez jamais. Il faut donc les identifier et leur demander quel est le chemin à suivre et commencer à construire. »
Fleur Marty, productrice exécutive chez Gearbox Montréal
La discussion a mis en lumière la nécessité d’une approche globale, combinant collecte de données, création de réseaux de soutien et identification des talents féminins, pour favoriser une meilleure représentation des femmes aux postes de direction dans l’industrie du jeu vidéo.
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