Publié le 6 décembre 2025 à 19h04. Des chercheurs ont mis au point une technique d’imagerie inédite permettant d’observer en temps réel comment les virus de la grippe s’introduisent dans les cellules humaines, révélant un processus bien plus actif qu’on ne le pensait.
- Pour la première fois, les scientifiques ont pu visualiser en haute résolution l’interaction entre le virus de la grippe et les cellules vivantes.
- L’étude démontre que les cellules ne subissent pas passivement l’infection, mais participent activement à la capture du virus.
- Cette nouvelle méthode d’imagerie pourrait accélérer le développement de médicaments antiviraux plus efficaces.
Avec le retour du froid, la grippe refait surface, entraînant son cortège de symptômes désagréables : fièvre, douleurs musculaires, nez qui coule. Cette maladie est causée par les virus de la grippe, qui pénètrent dans l’organisme par les voies respiratoires et infectent les cellules. Une équipe de chercheurs suisses et japonais a récemment réalisé une avancée significative dans la compréhension de ce processus d’infection.
Grâce à une technique de microscopie innovante, qu’ils ont eux-mêmes développée, les scientifiques ont pu observer en direct et en haute résolution comment les virus de la grippe s’introduisent dans une cellule vivante. Cette technique, baptisée double confocale et AFM à vue virale (ViViD-AFM), combine la microscopie à force atomique (AFM) et la microscopie à fluorescence. Elle permet de suivre en détail la dynamique de l’entrée du virus dans la cellule, contrairement aux méthodes antérieures qui ne fournissaient qu’un instantané ou une résolution limitée.
Sous la direction du professeur Yohei Yamauchi, spécialiste en médecine moléculaire à l’ETH Zurich, l’équipe a été particulièrement surprise par une observation clé : les cellules ne sont pas de simples victimes passives. Au contraire, elles semblent activement chercher à capturer le virus.
« L’infection des cellules de notre corps est comme une danse entre le virus et la cellule »
Yohei Yamauchi, professeur de médecine moléculaire à l’ETH Zurich
Cette interaction dynamique s’explique par le fait que les virus exploitent un mécanisme d’absorption cellulaire essentiel au fonctionnement normal de l’organisme. Ce mécanisme permet de transporter des substances vitales, telles que les hormones, le cholestérol ou le fer, vers l’intérieur des cellules. Les virus de la grippe, comme ces substances, doivent s’attacher à des molécules situées à la surface des cellules.
Le processus peut être comparé à une sorte de « surf » sur la surface cellulaire : le virus explore la surface, s’attachant temporairement à différentes molécules jusqu’à trouver un point d’entrée idéal, où se concentrent de nombreuses molécules réceptrices. Une fois le virus attaché, la cellule forme une petite dépression ou poche à cet endroit, stabilisée par une protéine structurelle appelée clathrine. Cette poche se referme autour du virus, formant une vésicule qui est ensuite transportée à l’intérieur de la cellule, où l’enveloppe de la vésicule se dissout, libérant ainsi le virus.
Les chercheurs ont également découvert que la cellule favorise activement l’absorption du virus en recrutant des protéines clathrines au point d’attache et en modifiant la forme de sa membrane pour faciliter l’entrée du virus. Ces mouvements ondulatoires de la membrane s’intensifient lorsque le virus tente de se détacher de la surface cellulaire.
Cette nouvelle technique d’imagerie offre des perspectives prometteuses pour le développement de médicaments antiviraux. Elle permet notamment de tester en temps réel l’efficacité de molécules candidates dans une culture cellulaire. Les auteurs de l’étude soulignent également que cette méthode pourrait être appliquée à l’étude d’autres virus ou de vaccins.
La recherche a été publiée dans la revue PNAS.
Source: ETH Zurich
