Home MondeComment Sabah peut imiter stratégiquement la relation État-fédéral du Sarawak

Comment Sabah peut imiter stratégiquement la relation État-fédéral du Sarawak

by Clara Dubois

Publié le 3 janvier 2026 à 10h07. Après les élections de l’État, le Sabah est invité à repenser sa stratégie de relations avec le gouvernement fédéral, en s’inspirant de l’approche pragmatique et efficace du Sarawak pour défendre ses intérêts.

  • Le Sarawak a réussi à renforcer sa position au sein de la fédération malaisienne en privilégiant une approche calme, stratégique et institutionnellement solide.
  • Le Sabah doit adopter une attitude plus confiante et moins axée sur les plaintes passées, en traitant Putrajaya comme un partenaire de négociation.
  • Le renforcement des entreprises publiques, en particulier dans les secteurs clés comme l’énergie, est essentiel pour accroître le levier économique du Sabah.

Le gouvernement de l’État de Sabah, fort des résultats des élections générales, doit désormais se pencher sur une refonte de sa politique de relations avec le pouvoir fédéral. L’objectif : optimiser le développement de l’État en adoptant une approche plus stratégique et efficace. Depuis longtemps, le Sabah peine à faire valoir ses intérêts face à Putrajaya, souvent en recourant à un discours émotionnel et à des slogans politiques.

Le Sarawak offre un modèle intéressant. Loin de se positionner comme un État faible en quête d’assistance, le Sarawak a consolidé sa place au sein de la fédération malaisienne en cultivant une attitude de confiance, en s’appuyant sur une base constitutionnelle solide et en renforçant ses institutions. Pour le Sabah, il ne s’agit pas d’imiter le discours du Sarawak, mais d’en adopter les méthodes.

Un premier changement crucial concerne l’attitude et la stratégie. Le Sarawak ne se présente jamais comme un État démuni. Au contraire, il se positionne comme un partenaire à part entière, conscient de ses droits constitutionnels. Le Sabah, en revanche, a tendance à insister sur les négligences passées. Si ces préoccupations sont légitimes, les répéter publiquement ne fait que diminuer sa marge de manœuvre. Pour s’aligner sur le modèle du Sarawak, le Sabah doit adopter une approche ferme mais professionnelle, considérant Putrajaya comme un interlocuteur lié par des accords et non comme un dispensateur de faveurs.

La gestion de l’Accord de Malaisie de 1963 (MA63) est un autre facteur clé du succès du Sarawak. Loin d’être un simple slogan électoral, le MA63 est intégré dans la gouvernance quotidienne du Sarawak. Les lois, les politiques et les décisions administratives sont façonnées en fonction des principes de cet accord. Le Sabah devrait suivre cette voie en créant une institution permanente dédiée au MA63, dotée d’experts juridiques et de hauts fonctionnaires. En intégrant le MA63 dans ses pratiques courantes, le Sabah rendra plus difficile pour les agences fédérales de l’ignorer ou de le contourner.

Le Sarawak a également compris que les droits politiques ne sont efficaces que s’ils s’appuient sur une base économique solide. Avant de revendiquer une plus grande autonomie, le Sarawak s’est concentré sur la prise de contrôle de secteurs économiques stratégiques, notamment celui de l’énergie. En privilégiant la participation et la propriété de l’État plutôt que de se contenter de redevances, le Sarawak a acquis un véritable pouvoir de négociation. Le Sabah devrait renforcer ses propres entreprises publiques, en particulier dans les domaines de l’énergie et des infrastructures, afin que ses négociations avec le gouvernement fédéral soient fondées sur des réalités économiques et sur le contrôle des revenus, et non sur de simples arguments politiques.

L’unité est également un atout majeur. Le Sarawak parle d’une seule voix lorsqu’il négocie avec le gouvernement fédéral, quel que soit le parti politique au pouvoir à Putrajaya. Les intérêts de l’État priment sur les considérations partisanes. Le Sabah, en revanche, est souvent divisé, avec différents dirigeants et partis adoptant des approches distinctes. Pour s’inspirer du Sarawak, le Sabah devrait créer un conseil permanent et multipartite chargé de gérer les relations fédérales, afin de garantir la cohérence des intérêts de l’État et d’éviter que la concurrence politique interne ne les affaiblisse.

La manière dont le Sabah formule ses revendications est également importante. Le Sarawak évite les déclarations émotionnelles ou conflictuelles. Il expose sa position en termes juridiques et administratifs clairs, en se concentrant sur les responsabilités constitutionnelles et les accords conclus. Cela rend ses revendications plus difficiles à rejeter. Le Sabah gagnerait à adopter le même style, en formant ses dirigeants et ses fonctionnaires à expliquer les droits de l’État de manière claire, calme et ferme, en utilisant un langage constitutionnel plutôt que des appels émotionnels.

Sous la direction d’Abang Jo, le Sarawak maintient également une flexibilité stratégique dans la politique fédérale. Il ne soutient pas inconditionnellement une coalition fédérale particulière. Cela lui confère un pouvoir de négociation, car son soutien doit être gagné. Le Sabah a souvent affaibli sa position en offrant une loyauté automatique aux gouvernements fédéraux. Le gouvernement de Sabah devrait faire preuve de plus de courage et adopter une approche plus durable, en subordonnant son soutien au gouvernement fédéral à des progrès concrets dans la restauration des droits du Sabah et dans le respect des engagements pris en vertu du MA63.

Enfin, le Sarawak soutient sa position politique grâce à des institutions fortes. Ses équipes juridiques, sa fonction publique et ses unités politiques disposent des compétences et de l’autorité nécessaires pour négocier, surveiller et faire respecter les accords. Le Sabah doit investir massivement dans le renforcement de capacités similaires. Sans institutions solides, même les accords les mieux négociés risquent d’échouer lors de leur mise en œuvre.

En substance, le Sarawak n’a pas demandé de privilèges spéciaux. Il a simplement exigé que les accords initiaux soient respectés. Le Sabah n’a pas besoin de réclamer plus que ce qui a été convenu en 1963. Ce dont il a besoin, c’est de faire en sorte que ces accords soient appliqués de manière systématique et inévitable. L’expérience du Sarawak montre qu’en matière de politique fédérale, le pouvoir central réagit davantage à la clarté, à la cohérence et à la force institutionnelle qu’à la colère et à l’émotion.

Les cinq prochaines années du gouvernement de l’État de Sabah doivent témoigner d’un changement de rythme vers des progrès réels et tangibles en matière de développement, comme l’a promis le Ministre en chef, tout en veillant à ce que le gouvernement ne se concentre pas uniquement sur les zones urbaines et ne néglige pas les régions intérieures en proie à la pauvreté.

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