Publié le 5 janvier 2024. La capture de Nicolás Maduro et la nomination de Delcy Rodríguez à la présidence par intérim du Venezuela suscitent des interrogations en Colombie, pays avec lequel elle a déjà négocié à plusieurs reprises, notamment dans le cadre des pourparlers de paix avec l’ELN et de la création d’une zone économique transfrontalière.
- Delcy Rodríguez, ancienne ministre des Affaires étrangères de Nicolás Maduro, a été nommée présidente par intérim du Venezuela suite à la capture de Maduro.
- Elle a déjà joué un rôle clé dans les négociations entre la Colombie et le Venezuela, notamment lors de la rencontre entre Juan Manuel Santos et Hugo Chávez en 2014.
- La Colombie maintient une approche pragmatique dans ses relations avec le Venezuela, malgré l’absence de reconnaissance officielle des élections de 2024.
L’arrivée de Delcy Rodríguez à la tête du Venezuela, sous la surveillance des États-Unis, ne devrait pas entraîner de changements diplomatiques brusques avec la Colombie, selon des sources proches du gouvernement Petro. Lors de l’atterrissage du président Gustavo Petro à l’aéroport international Simón Bolívar de Maiquetía, au Venezuela, le 1er novembre 2022, quelques heures avant sa première rencontre avec Nicolás Maduro après la reprise des relations diplomatiques, c’est elle qui l’attendait au pied de l’escalier.
Entre 2014 et 2017, Delcy Rodríguez a occupé le poste de ministre des Affaires étrangères de Nicolás Maduro. Dans ce rôle, elle a coordonné avec María Ángela Holguín, alors ministre colombienne des Affaires étrangères, la rencontre entre Hugo Chávez et Juan Manuel Santos à Puerto Ordaz, marquant le dernier face-à-face entre les deux présidents avant l’arrivée de Gustavo Petro au pouvoir.
Plus récemment, en tant que vice-présidente du Venezuela, elle a participé activement aux négociations de paix avec l’Armée de libération nationale (ELN). Elle était assise aux côtés de Pablo Beltrán, négociateur en chef de l’ELN, et d’Otty Patiño, chef de la délégation gouvernementale, lors de l’installation du quatrième cycle de dialogues à Caracas, qui a finalement échoué.
« Le Venezuela, en tant que pays garant, soutient dans toutes ses possibilités, sans relâche, la politique de paix totale du président Gustavo Petro et cela peut nous conduire sur la bonne voie vers une paix durable, une paix que le peuple ressent comme la sienne et qui peut éloigner de cette voie les ennemis de la paix. »
Delcy Rodríguez
Par ailleurs, elle a signé, au nom du régime vénézuélien, avec le chef d’état-major de l’époque, Alfredo Saadé, le protocole d’accord controversé concernant la création d’une zone économique binationale à la frontière colombo-vénézuélienne. Elle a également collaboré avec Edwin Palma, ministre colombien des Mines, sur des questions énergétiques bilatérales.
Face à cette nouvelle donne politique au Venezuela, la Colombie se montre prudente. L’ancien vice-ministre des Affaires étrangères, Jorge Rojas, estime que la continuité de l’agenda bilatéral est possible avec Delcy Rodríguez.
« Nous avons une frontière et des obligations communes avec le Venezuela. Il ne s’agit donc à aucun moment de rompre les relations. Avec Delcy Rodríguez, l’agenda construit peut être maintenu. »
Jorge Rojas, ancien vice-ministre colombien des Affaires étrangères
Bien que le gouvernement colombien n’ait jamais reconnu les résultats des élections vénézuéliennes de 2024, le dialogue avec Caracas est resté pragmatique. Cependant, la signature d’accords avec un gouvernement dont la légitimité est contestée a suscité des critiques à l’égard de la Casa de Nariño, notamment en raison du soutien affiché par le président Petro à Maduro.
Jorge Rojas souligne l’importance pour la Colombie de maintenir une politique de bon voisinage, qu’elle a appliquée avec d’autres pays de la région, même en cas de contestations politiques.
« Cela a été une constante pour le président Petro : avec le Pérou, même lorsque la présidence a été élue de manière irrégulière ; avec l’Équateur, malgré les difficultés des relations ; et avec le Venezuela, tant avec Maduro qu’avec Delcy et avec le prochain gouvernement qui arrive. »
Jorge Rojas, ancien vice-ministre colombien des Affaires étrangères
Le ministère colombien des Affaires étrangères attend de voir comment le chavisme va prendre le pouvoir sous la surveillance de Washington et se concentrera sur la communication diplomatique.
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