Home NouvellesComment un avocat juif a été accusé à tort d’être responsable de la trahison d’Anne Frank – avec une subvention de 100 000 € de la municipalité d’Amsterdam

Comment un avocat juif a été accusé à tort d’être responsable de la trahison d’Anne Frank – avec une subvention de 100 000 € de la municipalité d’Amsterdam

by Nicolas Lefèvre

Publié le 2024-11-28 18:32:00. La réédition d’une enquête controversée sur la trahison d’Anne Frank intervient alors qu’Amsterdam finance une biographie visant à réhabiliter un notaire accusé d’avoir collaboré avec les nazis, ravivant un débat douloureux sur la responsabilité et la mémoire.

  • La réédition du livre Interdire. La chasse au juif caché de Sytze van der Zee, achevée par l’auteur peu avant sa mort, relance les accusations contre Arnold van den Bergh, un notaire accusé d’avoir trahi Anne Frank.
  • La municipalité d’Amsterdam a alloué 144 000 € pour une biographie de Van den Bergh, après avoir contribué à hauteur de 100 000 € à un projet de recherche qui l’avait initialement désigné comme le traître.
  • L’éditeur du livre, Just Publishers, a publié une nouvelle édition avec une introduction approfondie de Van der Zee, qui défend le notaire et critique la méthodologie de la recherche initiale.

La parution de la version révisée d’Interdire. La chasse au juif caché, un ouvrage publié initialement en 2010, est d’autant plus significative qu’elle coïncide avec un revirement dans l’attitude de la ville d’Amsterdam. La semaine dernière, la municipalité a annoncé son intention de financer une biographie d’Arnold van den Bergh, un notaire juif dont le nom a été associé à la trahison d’Anne Frank et de sa famille. Cette décision intervient après la publication en 2022 du livre La trahison d’Anne Frank, qui avait suscité une vive polémique et conduit l’éditeur Ambo Anthos à retirer l’édition néerlandaise suite à des critiques virulentes.

Sytze van der Zee, ancien rédacteur en chef du journal Le Parool, s’était consacré à la réédition de son livre jusqu’à son décès en novembre 2024. Il avait travaillé sur ce projet même alité, avec son ordinateur portable sur les genoux. La nouvelle introduction, qui occupe une vingtaine de pages, est entièrement consacrée à la défense de Van den Bergh, que l’auteur considérait comme injustement accusé. Van der Zee y détaille son invitation à participer à un projet de recherche visant à identifier le traître, et son sentiment croissant que l’objectif était de trouver un coupable à tout prix.

Selon Van der Zee, le projet de recherche, financé en partie par la municipalité d’Amsterdam, était biaisé dès le départ. Il a donné aux chercheurs accès à ses vastes archives sur Anne Frank, mais a rapidement perçu une volonté de désigner un coupable, quel qu’il soit. La publication de La trahison d’Anne Frank, traduite en 22 langues (japonais, russe, polonais, etc.) et devenue un best-seller mondial, a été perçue par Van der Zee comme une injustice flagrante. Il a alors entrepris de rétablir la vérité, en se concentrant sur les faiblesses de l’enquête et en soulignant l’innocence de Van den Bergh.

L’éditeur Just Publishers a finalement publié cette édition révisée, qui permet de comprendre les raisons pour lesquelles la municipalité d’Amsterdam a décidé de financer une biographie visant à innocenter le notaire. Le livre révèle les incohérences et les erreurs qui ont conduit à l’accusation initiale, et met en lumière le traumatisme vécu par les proches de Van den Bergh. Bien que l’édition néerlandaise ait été retirée de la vente, le livre reste disponible dans le monde entier dans ses traductions.

L’éditeur du livre, qui a souhaité rester anonyme, a confié avoir éprouvé des difficultés à travailler sur cet ouvrage. Il explique :

« Il m’a fallu plus d’un an pour que Interdire apparaisse, et c’est entièrement de ma faute. Van der Zee était déjà décédé, je ne pouvais donc plus lui poser de questions. Je ne peux pas supporter ce livre de 400 pages, toute cette trahison, tous ces Juifs désespérés… »

Au-delà de l’affaire Van den Bergh, le livre explore la question plus large de la collaboration et de la délation pendant la Seconde Guerre mondiale. Van der Zee a mené des recherches approfondies dans les archives de guerre, notamment aux Archives centrales des affaires juridiques spéciales (CABR), désormais accessibles en ligne depuis 2025. Il a découvert que certains Juifs avaient dénoncé d’autres Juifs aux Allemands, et qu’ils avaient été condamnés pour cela après la guerre. Cette découverte, qui lui a valu des critiques en 2010, occupe plus d’un tiers du livre.

Van der Zee a également souligné l’indulgence du système judiciaire néerlandais après la guerre. Il a constaté que de nombreux traîtres avaient bénéficié de peines réduites, voire avaient été libérés prématurément. Il a également mis en évidence le rôle des femmes, qui avaient souvent utilisé leur charme pour obtenir des informations auprès de résistants. Il a également noté que les traîtres se voyaient souvent attribuer des logements luxueux dans les quartiers aisés d’Amsterdam, après avoir expulsé les occupants juifs.

L’auteur invite les lecteurs à consulter le registre des noms à la fin du livre, afin de retrouver les victimes de la trahison. Il regrette que l’intelligence artificielle ne puisse pas encore automatiser cette tâche.

« Si, malgré cette critique, vous comptez lire le livre, alors rendez-moi service et consultez le registre des noms de temps en temps. Je pensais que tous ces noms, comme ces victimes, devaient pouvoir être retrouvés, comme dans un ouvrage de référence. »

Sytze van der Zee : Interdire. La chasse au juif cachéJust Publishers, 440 pages, 27,99 €.

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