Home MondeContributeur : Une résolution du Sénat sur les pouvoirs de guerre contre le Venezuela pourrait en fait freiner Trump

Contributeur : Une résolution du Sénat sur les pouvoirs de guerre contre le Venezuela pourrait en fait freiner Trump

by Clara Dubois

La tension monte entre la Maison Blanche et une partie du Congrès américain concernant la politique du président Trump envers le Venezuela. Un vote récent au Sénat, qui pourrait limiter le pouvoir du président d’engager des actions militaires sans l’approbation du Congrès, a provoqué une vive réaction de la part de l’exécutif.

Jeudi dernier, le Sénat a franchi une étape importante en approuvant une résolution sur les pouvoirs de guerre, ouvrant la voie à un vote final sur une mesure qui freinerait la capacité de l’administration Trump à intervenir militairement au Venezuela sans l’aval du Congrès. Le président Trump a réagi avec colère, affirmant que les cinq sénateurs républicains qui ont soutenu cette initiative – Susan Collins (Maine), Lisa Murkowski (Alaska), Rand Paul (Kentucky), Josh Hawley (Missouri) et Todd Young (Indiana) – « ne devraient plus jamais être élus ».

Cette réaction, jugée excessive par certains observateurs, interroge sur les enjeux réels de cette résolution. Bien que son adoption par les deux chambres du Congrès ne soit pas une garantie, le président pouvant opposer son veto, elle révèle une volonté de certains législateurs de reprendre le contrôle sur la politique étrangère américaine. L’administration Trump avait déjà utilisé son droit de veto en 2019 pour bloquer une résolution similaire concernant la guerre au Yémen.

Cependant, l’impact de cette résolution pourrait dépasser un simple vote. L’histoire récente montre que l’administration Trump a déjà fait des concessions face à des pressions similaires. Avant l’adoption de la résolution sur le Yémen en 2019, les États-Unis avaient arrêté de ravitailler en vol les avions de combat saoudiens, une mesure qui a contribué à atténuer le conflit et, selon certains, à sauver des dizaines de milliers de vies.

La résolution sur les pouvoirs de guerre s’appuie sur une loi de 1973 qui vise à clarifier et à renforcer le rôle du Congrès dans les décisions concernant l’engagement militaire américain, tel que prévu par la Constitution. Selon des experts, une action militaire américaine à Caracas, comme la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores, serait illégale au regard du droit international, des chartes de l’Organisation des États américains et des Nations Unies, ainsi que des traités signés par les États-Unis.

Si l’administration Trump a souvent semblé peu soucieuse du respect de l’État de droit, elle est sensible aux implications politiques d’une escalade militaire. Un engagement plus important au Venezuela, ou ailleurs, pourrait entraîner un coût politique élevé pour le président, surtout si le Congrès s’oppose ouvertement à cette intervention.

Des discussions ont eu lieu en amont du vote du Sénat. Le 5 novembre, le secrétaire d’État Marco Rubio, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth et les conseillers juridiques de la Maison Blanche ont rencontré des sénateurs pour les assurer qu’il n’y aurait pas de guerre terrestre ni de frappes aériennes au Venezuela. Un conseiller juridique de la Maison Blanche aurait même affirmé qu’il n’existait aucune justification légale pour une telle action. Malgré ces assurances, la résolution a été adoptée par le Sénat, bien que de justesse, avec le soutien de trois sénateurs républicains supplémentaires.

Au-delà de la dimension politique, cette résolution soulève des questions humanitaires et économiques cruciales. Le blocus impliquant la saisie de pétroliers pourrait être considéré comme un acte de force nécessitant l’autorisation du Congrès. Depuis 2015, les sanctions économiques imposées par les États-Unis ont eu des conséquences désastreuses sur l’économie vénézuélienne, entraînant la pire dépression en temps de paix de l’histoire du pays. Entre 2012 et 2020, le PIB du Venezuela a chuté de 74 %.

Si la responsabilité de cette crise est souvent attribuée au gouvernement de Maduro, les sanctions américaines ont privé le Venezuela de l’accès aux financements internationaux et ont bloqué la majeure partie de ses exportations pétrolières, qui représentaient plus de 90 % de ses revenus en devises. Selon une étude récente publiée par le Lancet Global Health, les sanctions économiques unilatérales, comme celles imposées au Venezuela, seraient responsables d’environ 564 000 décès par an au cours de la dernière décennie, un chiffre comparable aux victimes des conflits armés dans le monde. La majorité de ces victimes étaient des enfants.

Récemment, l’administration Trump a laissé entendre qu’elle pourrait assouplir certaines sanctions pour permettre les exportations de pétrole vénézuélien, dans le cadre d’un projet visant à « diriger le Venezuela ». Cette volte-face est d’autant plus ironique que le Venezuela exprime depuis longtemps son désir d’investissements et de commerce avec les États-Unis, mais que les sanctions américaines l’ont empêché de le faire. Une levée des sanctions constituerait un pas important vers l’amélioration des conditions de vie des Vénézuéliens, qui manquent de nourriture, de médicaments et d’autres produits de première nécessité. Cependant, pour parvenir à une stabilité durable, il est essentiel de mettre fin à la fois à la violence militaire et à la pression économique.

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