Publié le 17 novembre 2025 à 05h35. Les Équatoriens ont rejeté, lors d’un référendum crucial, les propositions du président Daniel Noboa visant à renforcer la sécurité et à réformer la Constitution, infligeant un revers majeur à son programme.
- Les Équatoriens ont massivement voté contre le retour de bases militaires étrangères sur leur territoire.
- La proposition de rédiger une nouvelle Constitution a également été rejetée par une large majorité.
- D’autres mesures, comme la fin du financement public des partis politiques et la réduction du nombre de parlementaires, ont également échoué.
Le résultat de ce scrutin, qui a mobilisé près de 14 millions d’électeurs, constitue un coup dur pour Daniel Noboa, arrivé au pouvoir il y a un an avec la promesse de lutter contre la criminalité et de relancer l’économie du pays. Le président, confronté à une vague de violence sans précédent, avait justifié ces propositions par la nécessité de donner à l’État les moyens de faire face aux défis actuels.
Selon les premiers résultats partiels, portant sur 81 % des scrutins, 61 % des électeurs se sont opposés au retour des bases militaires étrangères, une question sensible en Équateur depuis leur fermeture en 2008. 62 % ont également rejeté l’idée de confier la rédaction d’une nouvelle Constitution à une assemblée constituante. Les propositions de mettre fin au financement public des partis politiques (58 %) et de réduire le nombre de membres du Congrès, de 151 à 73 (53 %), ont également subi un revers.
Daniel Noboa a réagi au dépouillement en affirmant sur le réseau social X :
« Nous respectons la volonté du peuple équatorien. Notre engagement ne change pas. »
Il avait annulé une conférence de presse prévue près de sa résidence d’Olón, sur la côte Pacifique, pour faire cette déclaration.
Ce référendum intervient après que la justice équatorienne a bloqué plusieurs initiatives du président, jugées contraires aux droits fondamentaux, comme la castration chimique des violeurs ou la surveillance sans mandat judiciaire. Dans les rues de Quito, des célébrations ont éclaté après l’annonce des résultats, avec des slogans tels que « Noboa dehors ! »
Le président avait fait de la lutte contre le crime organisé un axe majeur de son programme, notamment en renforçant la coopération avec les États-Unis. Il a notamment salué les opérations militaires américaines contre des navires soupçonnés de trafic de drogue dans le Pacifique, malgré les critiques de pays voisins comme le Mexique, le Brésil, la Colombie et le Venezuela. Ces opérations ont déjà causé la mort d’au moins 83 personnes.
Noboa, 37 ans et né aux États-Unis, avait également évoqué la possibilité de modifier la Constitution pour la renforcer contre la criminalité, sans toutefois préciser les articles qu’il souhaitait réviser, suscitant des inquiétudes quant à une possible dérive autoritaire. Il a par ailleurs mis en scène des transferts massifs de prisonniers dans de nouvelles prisons, rappelant les méthodes controversées de son homologue salvadorien, Nayib Bukele. La vague de violence en Équateur reste une préoccupation majeure.
Le président Noboa, qui bénéficie d’un taux d’approbation de 56 % pour la période restante de son mandat (jusqu’en 2029), avait présenté ces mesures comme une garantie pour les citoyens équatoriens. Le résultat du référendum marque donc un tournant dans sa politique et ouvre une nouvelle phase de négociations avec les différentes forces politiques du pays.
BGD/ML