Publié le 13 octobre 2025 à 02h00. L’euphorie autour de l’intelligence artificielle masque, selon de nombreux experts de la Silicon Valley, une bulle spéculative grandissante, comparable à celle de la nouvelle économie des années 2000. Des avertissements émanent de figures influentes, craignant des conséquences économiques majeures en cas d’éclatement.
- L’IA représente 80 % de la croissance du marché boursier américain en 2025.
- Les investissements mondiaux dans le secteur devraient atteindre 1,5 billion de dollars (1 500 milliards de dollars) d’ici fin 2025.
- Des pratiques financières opaques, incluant des prêts massifs aux clients, alimentent les inquiétudes.
La conférence Devday d’OpenAI, au cours de laquelle son PDG, Sam Altman, a répondu aux questions des journalistes, a mis en lumière les doutes croissants concernant la valorisation réelle des entreprises d’intelligence artificielle. Altman a reconnu l’existence d’une certaine surévaluation, déclarant :
« Je sais qu’il est tentant d’écrire une histoire sur le ballon. Il existe de nombreux aspects de l’intelligence artificielle qui sont actuellement fortement surfaits. »
Sam Altman, PDG d’OpenAI
Ce scepticisme s’intensifie alors que des soupçons d’« ingénierie financière » pour gonfler artificiellement la croissance des valorisations se multiplient. Altman a admis que des erreurs d’investissement sont inévitables et que des « startups peu prometteuses » pourraient recevoir des financements considérables, tout en affirmant que des avancées réelles étaient en cours chez OpenAI.
Les inquiétudes ne se limitent pas à la Silicon Valley. Des institutions telles que la Banque d’Angleterre et le Fonds monétaire international (FMI) ont également émis des avertissements. Jamie Dimon, PDG de JPMorgan, a souligné la nécessité d’un niveau d’incertitude plus élevé.
Jerry Kaplan, un vétéran ayant vécu quatre cycles de bulle technologique, met en garde contre l’ampleur des investissements actuels, bien supérieure à celle observée lors du boom des années 2000. Il prédit que l’éclatement de cette bulle aura des conséquences désastreuses pour l’économie mondiale :
« Nous sommes en train de créer un nouveau désastre écologique humain – d’immenses centres dans les déserts qui rouilleront et pollueront après la disparition des investisseurs. »
Jerry Kaplan, vétéran de la tech
Selon l’analyste Richard Yarz, Nvidia semble être le dernier acteur capable d’investir des sommes aussi importantes, estimées à 100 milliards de dollars, dans une autre entreprise. Les schémas financiers complexes, notamment les investissements des fournisseurs dans leurs propres clients, suscitent des interrogations sur un renforcement artificiel de la demande. Altman a reconnu que les prêts d’investissement étaient « sans précédent », mais a souligné la croissance rapide des revenus d’OpenAI, même si l’entreprise n’est pas encore rentable.
Certains experts établissent des parallèles avec l’histoire de Nortel, un géant des télécommunications qui, avant sa faillite, avait artificiellement stimulé ses ventes en accordant des prêts à ses clients.
Des signaux d’alerte sont également identifiés : annonces de projets ambitieux sans financement solide, afflux de petits investisseurs et progression des actions d’entreprises liées à l’IA, comme AMD. La construction massive de centres de données, qui pourraient devenir inutiles en cas de crise, est également source d’inquiétude.
Cependant, certains restent optimistes. Jeff Buddie de Hugging Face estime que, comme Internet est né des « cendres » de la bulle internet, la période actuelle de prudence pourrait poser les bases d’une innovation future :
« Oui, il peut y avoir des risques financiers. Mais cela créera de nouveaux produits et de nouvelles expériences que nous n’imaginons même pas aujourd’hui. »
Jeff Buddie, Hugging Face
La question cruciale reste de savoir si les capitaux nécessaires au financement de ces projets ambitieux tiendront le coup. Si la bulle éclate, les conséquences pourraient affecter non seulement le secteur de l’IA, mais l’ensemble de l’économie mondiale.