Une accumulation d’erreurs, de négligences et de manquements aux règles de sécurité a transformé une soirée du Nouvel An en catastrophe mortelle au bar-discothèque Le Constellation, à Crans-Montana, dans le Valais. L’incendie, survenu dans la nuit du 1er janvier 2026, a fait 40 morts et 116 blessés, principalement des jeunes.
L’enquête a rapidement établi que le point de départ de l’incendie résidait dans l’utilisation de fontaines pyrotechniques sur des bouteilles de champagne, une pratique courante dans l’établissement. Les étincelles ont embrasé le plafond bas de la salle, recouvert de panneaux insonorisants inflammables. Jacques Moretti, le propriétaire, a d’ailleurs avoué avoir lui-même installé ces panneaux, achetés dans un magasin de bricolage, lors de rénovations effectuées après l’acquisition du lieu en 2015.
Jessica Moretti, la gérante, a confirmé que ces fontaines à étincelles duraient « 30 à 40 secondes » et étaient censées être immergées dans l’eau après utilisation. Cependant, elle a admis qu’elle ne dissuadait pas les serveuses de les manipuler en hauteur, parfois en montant sur les épaules de leurs collègues, à proximité immédiate du plafond.
La surpopulation de l’établissement est un autre facteur déterminant. Entre 300 et 400 personnes se trouvaient dans la salle le soir du Nouvel An, soit deux fois plus que la capacité autorisée. Jessica Moretti a déclaré que la salle était relativement vide vers minuit, mais qu’elle s’est rapidement remplie dans l’heure et demie qui a suivi. L’accès était également compromis par la présence de mineurs ayant utilisé de faux documents ou d’autres subterfuges, sans contrôle efficace à l’entrée, selon le témoignage du propriétaire.
Les issues de secours se sont révélées être un véritable piège. L’établissement était structuré sur plusieurs niveaux, reliés par un escalier étroit et raide menant du sous-sol à l’entrée principale. Jacques Moretti a reconnu que la porte de service arrière du rez-de-chaussée, qui aurait dû servir de sortie de secours, était « fermée et verrouillée de l’intérieur ». Il a même dû la forcer pour tenter d’accéder à la salle déjà ravagée par les flammes.
Une autre issue de secours, située au sous-sol, était également bloquée. C’est dans cet espace confiné que 37 des 40 victimes ont perdu la vie. « 34 corps ont été retrouvés entassés au pied de l’escalier », au début de la rampe en bois, brisée sous le poids des corps. Trois autres victimes ont été découvertes devant la sortie inutilisable, et trois de plus à l’extérieur, sur le trottoir.
L’absence de formation du personnel en matière de sécurité incendie est également pointée du doigt. Jacques Moretti a reconnu que ses employés n’avaient reçu aucune formation spécifique pour faire face à une situation d’urgence.
Les contrôles de sécurité se sont avérés insuffisants. Le propriétaire a déclaré que les pompiers municipaux avaient effectué « deux ou trois contrôles » en dix ans, sans relever de problèmes nécessitant des interventions. La commune de Crans-Montana a quant à elle admis qu’aucun contrôle n’avait été réalisé depuis 2020.
L’enquête s’est étendue aux responsabilités institutionnelles. Le maire, Nicolas Féraud, a reconnu un manque de contrôle, tandis que son adjointe, Nicole Bonvin Clivaz, a déclaré ouvertement : « Il y a eu un manque de contrôles, nous ne les avons pas faits et nous reconnaissons que nous ne les avons pas faits et nous assumons la responsabilité de ce manque. »
Selon des experts de la Société italienne de médecine environnementale (Sima) et du Green Building Council Italy, la tragédie de Crans-Montana n’était pas imprévisible, mais « évitable ». Ils soulignent des dynamiques déjà observées dans de nombreux incendies similaires : flammes nues dans des espaces clos, matériaux combustibles, voies d’évacuation inadéquates et surpeuplement. Des simulations d’incendies dans des pièces équipées de panneaux en plastique ou en bois montrent qu’il faut parfois moins de 90 à 120 secondes pour que la fumée et la chaleur rendent l’évacuation impossible, ce qui correspond précisément au déroulement des événements au Constellation.
Jacques Moretti a été placé en détention provisoire, tandis que sa femme, Jessica, est assignée à résidence. Ils sont tous deux mis en examen pour homicide involontaire, blessures par négligence et incendie par négligence. L’enquête se poursuit pour déterminer les responsabilités des différents acteurs, notamment en ce qui concerne les défaillances du système de contrôle public, le transfert de compétences entre la commune et le canton, et les années de tolérance à l’égard de pratiques dangereuses.
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