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Crise dans le Golfe : les Émirats se retirent du Yémen

Publié le 30 décembre 2025 15h35. Une escalade majeure menace la fragile stabilité du Yémen, avec une rupture ouverte entre l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, marquée par des affrontements pour le contrôle des ressources pétrolières et…

Crise dans le Golfe : les Émirats se retirent du Yémen

Publié le 30 décembre 2025 15h35. Une escalade majeure menace la fragile stabilité du Yémen, avec une rupture ouverte entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, marquée par des affrontements pour le contrôle des ressources pétrolières et des accusations mutuelles de soutien à des groupes armés.

  • L’Arabie saoudite a attaqué le port de Mukalla suite à une livraison présumée d’armes en provenance des Émirats à un groupe séparatiste yéménite.
  • Riyad et Abu Dhabi, autrefois alliés dans la coalition yéménite, s’affrontent désormais ouvertement, mettant en péril le Conseil présidentiel yéménite.
  • Le conflit s’intensifie autour de la région riche en pétrole de l’Hadramaout, où les forces du Conseil de transition du Sud (STC), soutenues par les Émirats, ont pris le contrôle de vastes territoires.

La situation au Yémen, déjà ravagé par des années de guerre civile et considéré par l’ONU comme l’une des pires catastrophes humanitaires au monde, s’est considérablement détériorée ces dernières semaines. L’attaque saoudienne sur Mukalla, dans le sud du pays, a révélé une profonde fracture entre Riyad et Abu Dhabi, deux acteurs clés de la coalition militaire intervenant au Yémen depuis 2015.

Selon l’agence de presse officielle WAM, citant un communiqué du ministère de la Défense, cette décision de mener une opération militaire à Mukalla a été prise après une évaluation approfondie de la situation. Riyad accuse les Émirats de fournir une aide militaire aux séparatistes du sud, notamment au STC, qui cherche à obtenir l’indépendance du Yémen du Sud. Le gouvernement saoudien a déclaré que la sécurité nationale constituait une « ligne rouge » et a exigé le retrait de toutes les troupes émiraties du Yémen dans les 24 heures.

Les Émirats arabes unis ont réagi en exprimant leur « déception » face à la déclaration de l’Arabie saoudite et leur « surprise » face à l’attaque aérienne. Cette escalade intervient après des années de tensions croissantes entre les deux pays, qui soutiennent des factions rivales dans le conflit yéménite. L’Arabie saoudite, dont la frontière est désormais menacée par les Houthis, soutenus par l’Iran, considère l’influence iranienne au Yémen comme une menace directe à sa sécurité.

Le Yémen est un pays divisé depuis des décennies. Avant 1990, il était constitué de deux États distincts : la République arabe du Yémen au nord, avec Sanaa comme capitale, et la République démocratique populaire du Yémen au sud, avec Aden comme capitale. L’unification de 1990 n’a pas réussi à surmonter les profondes divisions tribales et sociales qui minent le pays. La corruption et la mauvaise gestion ont exacerbé les tensions, et le « Printemps arabe » de 2011 a conduit au renversement du président Ali Abdullah Saleh.

Son successeur, Abd Rabbo Mansur Hadi, a tenté de lancer un processus de dialogue politique, mais il a échoué à impliquer toutes les parties prenantes et à répondre à leurs préoccupations. En 2014, les Houthis, un mouvement chiite basé dans le nord du Yémen, ont pris le contrôle de Sanaa et ont chassé le gouvernement intérimaire de Hadi, qui s’est exilé en Arabie saoudite. Depuis 2022, un conseil présidentiel dirige les affaires officielles du gouvernement internationalement reconnu (GRI).

La situation actuelle est caractérisée par une complexité accrue, avec de multiples alliances et intérêts divergents. D’un côté, les Houthis, soutenus par l’Iran, contrôlent la majeure partie du nord du Yémen, y compris la capitale Sanaa. De l’autre côté, le Conseil présidentiel, soutenu jusqu’à récemment par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, gouverne le sud du pays. La rupture entre Riyad et Abu Dhabi a exacerbé les tensions entre le Conseil de transition du Sud (STC) et l’armée gouvernementale, ainsi que les forces alliées, comme l’alliance tribale de l’Hadramaout.

L’escalade récente a débuté début décembre dans la région riche en pétrole de l’Hadramaout, où les combattants de l’alliance tribale Hadramaout ont pris le contrôle des gisements pétroliers, justifiant leur action par la lutte contre la contrebande au profit des Houthis. Cette action a coupé l’approvisionnement en pétrole des formations du STC, qui ont lancé une offensive éclair le 2 décembre, repoussant les troupes gouvernementales soutenues par les Saoudiens et prenant le contrôle de la plupart des provinces de l’Hadramaout et d’al-Mahra, qui abritent la majorité des réserves pétrolières du pays. Le STC continue de détenir ces zones, et son maintien du contrôle reste incertain.

L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont des partenaires régionaux importants des États-Unis. Washington, qui n’a aucun intérêt à voir ses alliés s’affronter, pourrait intervenir pour tenter de désamorcer la crise. Cependant, les intérêts contradictoires des différentes parties prenantes, tant au Yémen qu’au niveau régional, rendent une solution rapide peu probable. Le STC, par exemple, continue de plaider pour un retour à deux États, comme avant 1990, tandis que la faction pro-saoudienne insiste sur la nécessité d’un Yémen uni.

Malgré le conflit au Yémen, Riyad et Abu Dhabi partagent un intérêt commun : contrer l’influence de l’Iran, qui a soutenu les Houthis dans leurs attaques contre Israël en solidarité avec le Hamas. Les Émirats arabes unis cherchent également à renforcer leur influence régionale, notamment dans la Corne de l’Afrique, en raison de leur position stratégique sur le détroit du golfe d’Aden et de la richesse en ressources naturelles de la région. À l’instar d’Israël, ils soutiennent le Somaliland dans ses efforts pour obtenir son indépendance de la Somalie, n’hésitant pas à s’opposer à des puissances régionales plus importantes comme l’Arabie saoudite, la Turquie et l’Égypte.

En tant que membres importants de l’OPEP, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis pourraient bloquer les décisions concernant les quotas de production pétrolière en cas de conflit prolongé. La prochaine réunion virtuelle de l’OPEP est prévue dimanche.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.